La course d’orientation en EPS : une activité qui fait grandir les élèves

Dimitri Cosme - @dimcsm - Professeur d’EPS

La course d’orientation mobilise bien plus que la capacité à courir en pleine nature. Elle implique de savoir lire une carte, d’adapter son effort, de prendre des décisions sans avoir constamment l’enseignant à ses côtés…

Pour Dimitri, professeur d’EPS au collège, la CO est finalement un formidable outil pour apprendre aux élèves à faire preuve d’autonomie. De la course au plot sur un stade jusqu’aux itinéraires en pleine nature, voici les étapes de sa démarche pour enseigner la CO.

Au sommaire

La course d’orientation : une activité où chaque choix compte

Pour les élèves, la course d’orientation peut d’abord prendre des airs très ludiques de « chasse au trésor » : trouver une balise, valider son passage, repartir à la recherche de la suivante… Mais l’intérêt pédagogique de la CO va bien au-delà de tout ça. En course d’orientation, l’élève doit en permanence mettre en relation ce qu’il lit sur sa carte, ce qu’il observe sur le terrain, l’effort qu’il est capable de fournir et le temps dont il dispose.

Ce dernier point est très important car en CO, « le temps perdu ne se rattrape pas », explique Dimitri. « L’enjeu est donc d’en perdre le moins possible ». Dans ce contexte, l’élève doit apprendre à faire les choix les plus adaptés à ses capacités, éviter les erreurs et maintenir un rythme de course qu’il pourra tenir. Tout cela représente un cadre particulièrement riche pour travailler l’autonomie.

Avant de se rendre en forêt, apprendre à lire une carte... sur un stade

Pour autant, pas besoin d’envoyer immédiatement les élèves en forêt. Dimitri commence par travailler les fondamentaux dans un environnement qu’ils connaissent : le stade. Une première étape consiste à leur faire découvrir le terrain avec la carte en main. Dimitri explique : « Je pars en footing avec eux sur le stade, en leur expliquant les limites du terrain et à quoi correspondent, sur la carte, les éléments qu’ils ont sous les yeux.

On peut utiliser des cartes quadrillées, inspirées du principe de la bataille navale : l’élève doit par exemple rejoindre un poste situé dans une case donnée. Cette phase permet de construire des repères et de maîtriser progressivement les outils de l’orientation, avant de confronter les jeunes à un environnement moins familier. »

La course aux plots : un outil pour entrer dans l’activité de course d’orientation

Dans cette progression, la course aux plots constitue une situation d’apprentissage. « Je l’utilise notamment en début de progression, avant d’aller en forêt, et je peux également y avoir recours lorsque les conditions météorologiques empêchent une séance en pleine nature », précise Dimitri.

Le principe est simple : des coupelles sont installées sur le terrain et un circuit reliant ces différents points est représenté sur la carte. Les élèves doivent suivre ce circuit pour accéder aux coupelles. La situation permet de travailler la relation entre la carte et le terrain, tout en introduisant progressivement les techniques d’orientation.

Dimitri l’utilise sur une ou deux séances avec ses élèves. L’objectif n’est pas de remplacer la course d’orientation en pleine nature, mais de préparer les enfants à s’y sentir plus à l’aise.

De « trouver le poste » à « choisir le meilleur itinéraire pour y arriver »

Une fois les bases acquises, les difficultés peuvent progressivement évoluer. Il ne s’agit plus seulement de trouver le poste, mais de réfléchir à la meilleure manière de l’atteindre. Ce choix d’itinéraire passe par une lecture de plus en plus précise de la carte et parfois, progressivement, par l’utilisation de la boussole.

L’élève apprend ensuite à optimiser ses déplacements. Doit-il suivre tel ou tel chemin ? Le couper ? Au lycée, Dimitri explique qu’on peut aller encore plus loin, avec des situations de « sauts de lignes », qui consistent à quitter un chemin pour en retrouver un autre et rejoindre plus directement un poste. Quoi qu’il en soit, la progression en CO n’amène pas seulement à emprunter des parcours de plus en plus « difficile » : elle se mesure aussi dans l’aptitude de l’élève à prendre des décisions de plus en plus pertinentes, selon les caractéristiques du terrain et ses propres capacités.

De « trouver le poste » à « choisir le meilleur itinéraire pour y arriver »

Une activité qui responsabilise les élèves

C’est l’un des aspects que Dimitri trouve particulièrement intéressant dans la CO en pleine nature : l’enseignant ne peut pas avoir en permanence les élèves dans son champ de vision, et doit donc leur faire confiance. Cette autonomie suppose évidemment un cadre précis : délimitation de la zone, règles de sécurité, conduite à tenir en cas de problème, signaux de rappel, organisation entre enseignants… Dimitri insiste sur le fait que ces règles doivent être clairement posées avec les élèves, et que leur respect est non négociable.

Une fois ce cadre établi, l’activité permet justement de travailler une compétence difficile à reproduire dans d’autres situations d’EPS : la capacité à prendre des décisions sans avoir l’enseignant immédiatement à proximité pour les valider. Les élèves doivent s’orienter, gérer leur déplacement, respecter les consignes, réagir et s’adapter lorsqu’ils rencontrent une difficulté.

Pour Dimitri, tout cela explique leur enthousiasme face à la course d’orientation : « les élèves apprécient beaucoup quand on les responsabilise. Cela signifie qu’on leur fait confiance, c’est très gratifiant pour eux. »  

Apprendre à adapter sa vitesse 

Une fois les élèves à l’aise avec la navigation, un autre apprentissage commence : trouver le bon équilibre entre vitesse et précision. Plus l’élève va vite, plus il risque de faire des erreurs. L’enjeu est donc de lui apprendre à adapter son allure à la difficulté de la navigation. Dimitri utilise l’image de feux de couleur : on reste le plus souvent possible dans le « vert » (rythme soutenu) lorsque la navigation est maîtrisée, on ralentit si besoin (feu orange) à l’approche d’un poste ou d’une zone qui demande davantage de précision. Avec l’expérience, l’élève a de moins en moins besoin de ralentir pour rester précis.

Tous ces aspects sont importants à analyser après la course. Des applications intégrant les traces GPS peuvent permettre de revenir après coup sur le rythme de déplacement, les choix d’itinéraire et les endroits où l’élève a perdu du temps.

La course d’orientation : une école de vie

Finalement, l’un des principaux intérêts de la course d’orientation en EPS dépasse le seul aspect physique : cette activité place l’élève face à ses propres choix en termes d’effort à fournir, d’itinéraire à suivre… Il doit aussi gérer la part d’inconnu et d’incertitude qui existe nécessairement dans une activité de pleine nature, et qui fait partie des enjeux de cette discipline. « L’évaluation de la course d’orientation doit d’ailleurs se faire dans un milieu partiellement connu, et non totalement connu : cette part d’incertitude fait partie des enjeux de l’activité. »

La course d’orientation confronte également les élèves aux conséquences directes de leurs erreurs : s’ils font un mauvais choix d’itinéraire par exemple, ils doivent apprendre à l’accepter et continuer leur parcours sans s’énerver ni perdre leurs moyens.

Se repérer, décider, gérer son effort, maîtriser ses émotions et gagner en autonomie : la course d’orientation, c’est une véritable école de la prise de décision.

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