Peu de matériel nécessaire, règles simples : la course longue est une activité physique et sportive assez facile à mettre en place. Elle est aussi très utile au développement des enfants. Le problème, c’est que cette pratique ne les motive pas toujours. Comment rendre cette activité plus ludique et intéressante pour que les élèves s’y investissent davantage ?
Pierre, alias @jeuxanimationssports sur Instagram, est prof d’EPS à Lyon, où il intervient notamment en primaire. Membre de la communauté Moov’EPS, il nous donne des pistes de réflexion et des situations concrètes à mettre en place en séance.
Pourquoi mettre en place la course longue en EPS ?
Quand les élèves apprennent qu’ils vont courir, ils ne sont pas toujours motivés ni intéressés par l’activité. Quelques-uns l’apprécient parce qu’ils savent qu’ils sont bons, mais la plupart ne sont pas enthousiastes. Les enfants préfèrent généralement jouer avec un ballon, utiliser une raquette ou participer à des jeux d’équipe. Ils ne voient pas forcément le but de la course longue. Pourtant, cette activité répond à plusieurs enjeux.
La course longue pour améliorer les capacités cardio-vasculaires et musculaires des jeunes
Les résultats des tests d’entrée en 6e l’ont montré : les résultats des élèves aux tests de VMA ne sont pas bons. Nous pouvons bien sûr discuter de la pertinence de ces tests, mais le constat reste là. Les élèves présentent des capacités cardio-vasculaires et musculaires insuffisantes pour soutenir des efforts longs.
La baisse des capacités cardio-vasculaires chez les élèves s’explique par plusieurs facteurs, et notamment par la sédentarité qui touche de plus en plus les enfants et les adolescents. Dès l’enfance, ils sortent moins qu’avant et passent davantage de temps à l’intérieur. Leur activité physique se concentre sur les temps organisés : EPS, clubs sportifs, activités périscolaires… Les temps actifs « libres » ont quasiment disparu. Si nous voulons construire une société sportive, dans laquelle chacun prend soin de son corps, il faut permettre aux jeunes de pratiquer des efforts longs et de maintenir une certaine intensité, adaptée à chacun.
La course longue pour apprendre la persévérance dans l’effort
La course longue permet aussi de travailler une compétence importante dans le développement de l’enfant et de l’adolescent : persévérer malgré la difficulté. La respiration devient plus difficile, de petites douleurs musculaires peuvent apparaître au niveau des jambes et des abdominaux, la chaleur corporelle augmente… Les élèves apprennent ainsi à poursuivre leur effort malgré ces sensations.
Course longue et connaissance de soi
Enfin, cette activité leur permet de mieux se connaître. Ils doivent trouver une vitesse de course qui leur permet de courir longtemps, mais aussi se fixer des objectifs de performance et/ou de progression, apprendre à identifier leurs limites à un moment donné et, le cas échéant, voir comment les dépasser.
Quels sont les objectifs officiels de la course longue aux cycles 2 et 3 ?
Dans les bulletins officiels, le ministère précise les objectifs suivants pour les élèves du cycle 2 :
- Construire et identifier des allures de course pour courir longtemps, en les différenciant du courir vite.
- Prendre des repères extérieurs à son corps pour percevoir la notion d’espace (distance parcourue) et la durée (temps de course).
- Construire progressivement des repères internes simples : essoufflement, respiration rapide.
Pour le cycle 3, les bulletins officiels mentionnent l’objectif de « courir longtemps à l’aide de repères externes ».
La course longue a donc toute sa place dans le développement de l’enfant. Reste donc à trouver comment rendre cette activité plus ludique et plus intéressante pour favoriser l’implication des élèves.
Course longue : quels sont les freins à l’engagement des élèves ?
Avant de proposer des situations pédagogiques, il faut commencer par identifier les difficultés rencontrées par les élèves. Plusieurs raisons peuvent expliquer leur manque d’envie de courir :
- Ils pensent ne pas être « bons » dans l’activité.
- L’effet de groupe peut les freiner : un élève qui a pourtant un niveau correct peut se mettre à marcher parce que ses camarades marchent et ne veulent pas fournir d’effort.
- Ils n’aiment pas l’inconfort de l’effort : point de côté, essoufflement, douleurs aux jambes…
Face à ces freins, j’ai remarqué que courir en équipe peut permettre aux élèves qui ne sont pas à l’aise dans un effort individuel de s’investir dans une course collective et solidaire. Pour limiter l’effet de groupe, il peut être intéressant de casser les groupes habituels et d’en constituer de nouveaux, avec des élèves plus complémentaires. Cela peut permettre à certains de se révéler. Enfin, proposer des situations ludiques peut aider les jeunes à oublier l’inconfort ressenti pendant l’effort.
Quelles situations pédagogiques en course longue ?
Les textes officiels préconisent eux-mêmes de mettre en place des expériences variées et des situations ludiques. Plusieurs situations permettent ainsi de davantage engager les élèves dans la course longue.
Faire courir les élèves en binômes de niveaux différents
Une des situations que j’apprécie particulièrement consiste à faire courir les élèves par deux, en constituant des binômes de niveaux différents. Je la propose dès le CP, lors des premières séances. Les élèves doivent parcourir 500 mètres sans marcher ni s’arrêter, tout en restant côte à côte. L’exercice est réussi si les trois critères sont respectés : parcourir la distance, ne pas marcher ni s’arrêter et rester ensemble.
Proposer des jeux pour rendre la course longue plus ludique
Plusieurs situations ludiques sont très efficaces pour intéresser les élèves à la course longue :
- « Rentre vite petite souris » : cette situation courte, qui se déroule sur une distance d’environ 300 à 400 mètres, est très ludique. Elle se joue en deux manches, avec une inversion des rôles lors de la deuxième manche.
- « Mario Run » : cette situation est une adaptation de Mario Kart, dans laquelle les élèves courent tout en lançant des objets sur leurs adversaires. Les enfants oublient qu’ils sont en train de courir. Je vous la conseille fortement !
- Un parcours type Steeple : le steeple est une course de demi-fond avec des obstacles à passer comme des haies et des rivières. Pour vaincre la monotonie du parcours de demi-fond, nous pouvons nous en inspirer en plaçant, sur le parcours, des haies ou des rivières représentées par des cordes. Attention à ne pas trop en mettre : un ou deux obstacles suffisent pour 100 mètres de course.
- La course en équipe : chaque équipe compte le nombre de tours réalisés en déposant un plot, ou un autre objet, dans son cerceau. Les équipes sont composées de trois ou quatre élèves et comprennent un remplaçant. Celui-ci peut être sollicité à la fin d’un tour pour effectuer un changement de coureur. Il y a toujours un remplaçant. Dans cette situation, les élèves ne courent plus seulement pour eux-mêmes : ils appartiennent à une équipe. Cette dimension collective peut les motiver à s’investir davantage dans l’effort.
Course longue en Cycle 3 : travailler les vitesses de course et valoriser la progression
Au cycle 3, il peut également être intéressant de travailler sur les vitesses de course.
Un tableau permettant à chaque élève de connaître sa vitesse en fonction du nombre de tours réalisés permet de mesurer sa prestation, mais aussi et surtout sa progression.
Passer d’une vitesse de course de 8 km/h à 9,5 km/h sur un temps de huit minutes représente une vraie victoire pour l’élève. Cette progression est facilement mesurable.
Développer l’endurance : un travail à mener à travers toutes les séances d’EPS
La course longue est donc une activité importante, qui devrait être mise en place régulièrement dans les écoles. Mais pour que les élèves disposent des prérequis nécessaires et acceptent plus facilement de s’engager dans ce type de cycle, le travail de l’endurance doit aussi se poursuivre dans l’ensemble de nos séances d’EPS.
Pour cela, il est important de privilégier un temps d’activité conséquent, réduire les temps d’attente et proposer une intensité suffisante pour solliciter les élèves sur le plan cardio-vasculaire. Ils pourront ainsi développer leur endurance tout au long de l’année, sans forcément s’en rendre compte.




