Depuis leur publication, les résultats des tests d’aptitude physique menés en septembre auprès d’élèves de 6e suscitent le débat. Enseignants et professionnels de santé s’interrogent sur le déclin apparent des capacités physiques des jeunes, et sur ce que l’EPS pourrait apporter comme solution. Entre injonctions à bouger plus et volonté de préserver le sens profond de la discipline, les professeurs d’Éducation physique et sportive se retrouvent en première ligne. Elvyn, alias @leprofd.e.p.hess sur TikTok, enseigne depuis deux ans au collège, en région parisienne. Il partage avec nous son point de vue sur ces tests de 6e, sur ce qu’ils révèlent et ce qu’ils pourraient impliquer pour la discipline.
Comme beaucoup de confrères, j’ai fait passer les tests d’évaluation d’aptitude physique à des élèves de 6e au début de l’année scolaire 2025. Au niveau national, les résultats sont considérés comme inquiétants, car ils montrent indéniablement certaines faiblesses en termes de capacité physique des enfants. Mais pour ma part, j’aimerais prendre un peu de recul.
Remettre les tests d’aptitude physique dans leur contexte
On a pu entendre des réactions suite à ces résultats, pointant des faiblesses dans la pratique de l’EPS au collège. Mais par définition, les élèves de sixième arrivent… du primaire. Or, en primaire, où les programmes sont déjà très chargés, il est très compliqué pour les enseignants de réaliser des séances complètes et régulières d’EPS, même avec la meilleure volonté du monde.
Par conséquent, tester ces enfants à leur entrée en 6e, c’est photographier leur état avant que l’EPS ait eu la moindre occasion d’agir. Ça n’empêche pas que ces résultats sont certainement intéressants (et inquiétants). Mais si ces mêmes tests avaient été réalisés en fin d’année de 6e, les données auraient sans doute déjà été différentes.
Il y a aussi un autre facteur qu’on ne peut pas ignorer : à mon avis, on paye encore le Covid. Des mois de sédentarité, d’écrans, au fil des phases de confinements, ça a forcément laissé des traces dans les habitudes, et dans le physique des jeunes. Ce n’est pas une excuse, ni une raison de ne rien faire pour améliorer la situation. C’est juste une donnée de contexte qu’on doit impérativement intégrer à ces résultats.
Le vrai défi : influencer de nouveaux comportements en dehors de l’école
Dans le monde de la santé notamment, pour faire face à ces résultats, certaines voix proposent d’inciter voire d’obliger les élèves à bouger plus, en disant « le plaisir de bouger viendra après ». Je comprends l’inquiétude sur la santé physique, sincèrement. Mais je ne crois pas qu’opposer plaisir et mouvement soit une approche efficace. Surtout, je crois qu’elle rate quelque chose d’essentiel.
L’EPS, telle qu’elle est définie dans les textes officiels depuis 2015, intègre explicitement la notion de plaisir comme attendu institutionnel. Ce n’est pas une lubie pédagogique, c’est un axe reconnu. Et pour cause : un élève qui ne trouve pas de plaisir dans le mouvement fera tout pour s’y soustraire et surtout, il ne bougera pas davantage en dehors de l’école.
Lutter contre les écrans et leur dose de dopamine
Or c’est précisément là que se joue la vraie question : comment amener les jeunes à être actifs au quotidien et tout au long de leur vie, et pas seulement pendant les deux ou trois heures hebdomadaires d’EPS ? Parce que nos séances, même très bien faites, ne suffiront jamais à compenser une sédentarité généralisée, ni à lutter contre les écrans et leur dose de dopamine.
Les jeunes doivent trouver un intérêt dans le fait de bouger. Ils doivent vraiment en ressentir le bienfait. Et ça, ça passera surtout par des cours auxquels ils ont vraiment envie de participer, pour trouver du bien-être dans l’effort, découvrir la satisfaction de se dépasser ou d’entrer en interaction avec les camarades pendant les séances en équipe.
Le risque de réduire l'EPS à ses seules dimensions physiques
Comme tous mes confrères, j’ai été formé (cinq ans d’études et un concours national particulièrement sélectif, rappelons-le…) à prendre en charge l’élève dans sa globalité. L’EPS a énormément évolué depuis sa création, tout au long de son histoire, au fil des priorités sociales et politiques : elle intègre aujourd’hui des notions de psychologie de l’enfant, de physiologie, les théories de la motivation… Il ne s’agit clairement pas de simplement faire courir des collégiens ou des lycéens autour d’un stade.
Faire évoluer la discipline... comme elle l’a toujours fait
Si les résultats de ces tests nous poussent à remettre en question certains aspects de notre discipline, pourquoi pas. Ils apportent peut-être des éléments supplémentaires à prendre en considération, pour favoriser l’aspect santé. Mais ce serait dommage de réduire la discipline à ses seuls indicateurs physiologiques.
Ce qui me tient à cœur, personnellement, c’est ce que l’EPS peut apporter dans une vie active, au-delà du seul niveau sportif. Apprendre à accepter la défaite. A apprécier la victoire. À savoir coopérer, communiquer, aider un camarade. Ce sont des compétences qui ne se lisent pas dans un test de vitesse sur 30 mètres, mais qui sont tout aussi fondamentales.




