En primaire, comment faire davantage bouger les élèves ?

C’est un paradoxe. D’un côté, des enfants qui ont besoin de mouvement, et qui aiment bouger. De l’autre, des adultes qui se demandent comment lutter contre la sédentarité chez les plus jeunes. Et si finalement la question n’était pas tant de savoir « comment inciter les enfants à bouger », mais plutôt « comment laisser plus de place à l’activité physique à l’école » ? Comment agir concrètement à l’échelle d’une classe ou d’un établissement, sans bousculer l’organisation pédagogique ni mettre en péril l’ensemble des programmes d’apprentissages, tout en tenant compte des moyens disponibles ?

Pas facile. Heureusement, les enseignants ont plein d’idées !

Au sommaire

Le vrai défi n’est pas d’inciter les enfants à bouger

Les résultats des tests d’aptitudes physiques à la rentrée 2025 ont établi un fait : la capacité physique des enfants à leur entrée en 6e a diminué. On incrimine les écrans et un mode de vie favorisant la sédentarité. Et la même interrogation revient sans cesse : comment inciter les enfants à bouger plus ? Au collège et au lycée, la question peut se poser en ces termes face à des ados parfois réticents à se mobiliser. Mais à l’école primaire, de nombreux enseignants le constatent chaque jour : les élèves ont spontanément envie de bouger, et saisissent avec enthousiasme chaque occasion de se mettre en mouvement.

Le vrai défi n’est pas d’inciter les enfants à bouger

Comment permettre aux enfants de bouger plus

La question n’est alors sans doute pas de savoir comment inciter ces enfants à bouger, mais comment leur permettre de le faire, sans chambouler toute l’organisation de la classe et du programme.

Enseignante en CE2-CM1, Anaïs observe quotidiennement ce besoin de mouvement chez les enfants. « Les élèves ont du mal à rester assis toute la journée », confirme-t-elle. Quand elle propose des activités mêlant révisions et sport, l’adhésion des enfants est immédiate : « Tout à coup, ils sont heureux de réviser l’orthographe ou les tables de multiplication ! » explique-t-elle.

EducSportyBook, éducateur sportif intervenant en EPS à l’école primaire, confirme cette appétence des jeunes enfants pour l’activité physique. « Certains élèves viennent me voir dès le matin lorsqu’ils savent qu’ils auront sport l’après-midi, impatients de savoir ce qu’on va faire pendant la séance » dit-il. Pour autant, il remarque lui aussi que les enfants ne bougent pas assez et note même une baisse de certaines de leurs capacités physiques : « Sur les parcours gymniques que j’ai l’habitude de proposer, je dois parfois simplifier des exercices que les enfants réalisaient facilement il y a quelques années : poutre, lancer, sauts, roulades… La coordination est pour eux parfois plus compliquée qu’avant. »

Il devient donc urgent de redonner chaque jour au mouvement toute la place qu’il mérite. Mais comment procéderquand les moyens et le temps dont on dispose sont limités ? Plusieurs pistes.

Optimiser le temps d’activité dans les séances d’EPS

Pierre, professeur d’EPS intervenant auprès d’élèves de primaire, souligne que le temps d’activité des enfants pendant les séances de sport n’est souvent pas optimisé : « Pendant les séances d’EPS, il s’agit de limiter au maximum les moments où les enfants ne bougent pas, par exemple quand ils attendent leur tour pour un exercice, ou pendant une rotation. Cela demande de la préparation : il faut savoir quoi faire de ces moments-là, ça ne s’improvise pas ! C’est l’un des avantages à avoir un enseignant d’EPS dans une école primaire : nous sommes formés pour anticiper ces moments de flottement ».

Pour autant, Pierre ne considère pas qu’un professeur d’EPS soit forcément nécessaire dans chaque établissement primaire (même si c’est un plus). « Je reste convaincu qu’en primaire, c’est une bonne chose que l’enseignant principal ait la main sur l’ensemble des apprentissages, y compris les séances de sport. Mais une formation un peu plus précise concernant l’EPS serait sans doute bienvenue, par exemple pour ces questions d’organisation des séances et de gestion des temps d’activités, ou encore pour mieux comprendre la motivation des enfants : quand un élève n’aime pas le sport, ça peut être parce qu’il en a fait une mauvaise expérience. Savoir aborder ce genre de problème, c’est bien aussi. »

Mais au-delà des seules séances de sport, c’est l’ensemble du temps disponible pour bouger au cours de la journée d’école qui pourrait être étudié.

Intégrer le sport aux autres apprentissages, et vice-versa

L’EPS fait parfois les frais du manque de temps disponible pour finir les apprentissages dans d’autres matières. « On comprend très bien les contraintes des enseignants de primaire », souligne Pierre. « Les classes sont nombreuses, les programmes sont lourds. Pas facile de prioriser l’activité physique dans ce contexte ».

Pour contourner cette difficulté, plusieurs professionnels explorent une piste prometteuse : combiner le sport aux autres apprentissages. Tout le monde est gagnant : des études montrent par exemple que certaines notions de mathématiques sont mieux intégrées si on les combine à des séances de basket !

Dans sa classe, Anaïs organise ainsi régulièrement des jeux sportifs de révision. Une séance dure une quinzaine de minutes, ne nécessite que très peu de matériel et permet de dédier du temps au sport sans mettre en péril les autres matières.

Intégrer le sport aux autres apprentissages, et vice-versa

Collaborer entre prof d’EPS et d’autres disciplines

Pierre utilise également ce principe de transversalité entre les disciplines. Il discute avec les autres enseignants pour savoir quelles matières pourraient être intégrées à sa séance. « Pendant des séances de sports de raquette par exemple, les élèves peuvent compter leurs jongles en récitant des tables de multiplication ou en comptant de deux en deux. Lors de séances de basket, on peut calculer le nombre de paniers marqués par rapport au total des tirs effectués. Des courses d’orientation peuvent aussi devenir des jeux de résolution de problèmes ».

Vous pouvez découvrir des idées d’activités mêlant ainsi sport et autres apprentissages sur le site de Pierre, par exemple l’horloge basket, un jeu qui nécessite des soustractions pour connaître le total des points ; ou encore le jeu du facteur, un jeu de piste pour les maternelles qui peut se transformer en un QCM actif pour le cycle 3.

L’idée avec cette transversalité et cette collaboration n’est évidemment pas de transformer toutes les leçons en séances d’EPS, mais de multiplier les occasions de remettre du mouvement dans la journée scolaire.

L’activité physique des enfants : une question qui dépasse le cadre de l’école

Mais comme le soulignait Elvyn, prof d’EPS au collège, à l’occasion de la publication des résultats des tests de capacité physique en 6e : « Même avec des séances de sports et d’activités physiques parfaitement réalisées à l’école, on ne pourra pas résoudre l’ensemble du problème de sédentarité chez les jeunes. À l’école primaire, et à l’école en général en fait, l’EPS doit être un tremplin et non une finalité, le but étant de donner aux jeunes de l’appétence pour l’activité physique ainsi que les bases motrices, pour pratiquer en dehors du temps scolaire. »

Favoriser le mouvement, c’est donc une question qui dépasse largement l’école et concerne toute la société. Les autorités en ont bien conscience et ont lancé il y a déjà plusieurs années des campagnes et initiatives comme le fameux site internet « Manger-bouger », ou les messages de prévention pour limiter le temps passé sur les écrans.

Mais si l’enjeu est de favoriser le mouvement tout au long de la journée, il est aussi… de l’accepter. Les enfants aiment sauter, courir, grimper. Mais les adultes ont tendance à leur demander de se tenir tranquilles, soit parce qu’ils sont eux-mêmes fatigués, ou pour limiter tout risque d’accidents. Aujourd’hui, « j’ai des élèves de CM2 qui ont peur de faire une roulade », dit Pierre. Faire davantage bouger les élèves suppose sans doute aussi un changement de regard sur le mouvement.

En conclusion

Finalement, derrière les inquiétudes légitimes sur la sédentarité des enfants, un message plutôt encourageant ressort de tous ces témoignages : les élèves n’ont pas perdu leur envie de bouger. Bien souvent, ils attendent juste qu’on leur en donne l’occasion.

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