C’est le sport le plus populaire au monde et pourtant, le football est souvent absent des programmes d’EPS à l’école, au collège ou au lycée. Pourquoi ne pas consacrer des cycles à cette discipline ? Pierre, alias @jeuxanimationssports sur Instagram et prof d’EPS à Lyon, a précisément choisi d’intégrer des cycles football à ses séances d’Education physique et sportive dans les écoles où il exerce. Il recommande de le faire dès la maternelle. Il nous explique son point de vue, nourri de son expérience terrain.
Le football est le sport le plus pratiqué au monde. Et c’est celui qui compte le plus de licenciés en France. Son succès repose sur la simplicité des règles, l’incertitude du résultat, la rareté des buts… Pourtant, il est très peu intégré aux séances d’EPS, que ce soit à l’école, au collège ou au lycée. Et à mon avis, c’est dommage. Je précise que je ne suis pas un « passionné du ballon rond ». Juste un enseignant convaincu des bénéfices du football pour les élèves.
L’EPS pour construire une culture sportive commune
L’un des objectifs de l’EPS est de construire une culture sportive commune. Alors pourquoi se priver de la pratique sportive la plus culturelle en France et dans le monde ? Dans leur ouvrage Football, un terrain idéal pour l’éducation (ESF Editeur, 2002), Michel Amram et Emmanuel Audusse écrivent même que « le football est un des rares phénomènes au monde, peut-être le seul, à battre l’hégémonie américaine ».
Le football, c’est donc aussi une culture. Une culture partagée par le plus grand nombre, mais pas par tous. L’Éducation physique et sportive permet précisément de lutter contre cette inégalité, car c’est le seul endroit où tous les enfants peuvent pratiquer.
Le football, une immense popularité mais une pratique inégale
Malgré l’immense popularité de la discipline, la pratique du football reste inégale chez les jeunes. Certains pourraient y jouer sans cesse. D’autres n’ont jamais tapé dans un ballon et ne s’y intéressent pas. Dans les cours d’écoles, il y a encore aujourd’hui un clivage entre les joueurs de foot et « les autres ». Dans certains cas, ce sont les filles qui se trouvent renvoyées sur les bords de la cour de récré monopolisée par les matches.
Autre exemple (vécu !) : un élève de CP, dans l’une des écoles où j’exerce, avait interdit à ceux qui ne faisaient pas partie du club de foot local de jouer pendant la récréation. Ce genre de situation n’est pas anecdotique et touche de nombreuses écoles et collèges. Alors que l’on cherche aujourd’hui à aménager des cours d’écoles plus inclusives, certains établissements suppriment tout simplement les cages de football.
Pourquoi ne pas tout simplement intégrer le foot aux séances d’EPS, et le faire ainsi découvrir à toutes et tous, de manière encadrée ? Pour l’heure, cette idée n’a pas vraiment fait son chemin. J’ai cherché sur internet le nombre d’ouvrages dédiés au football en EPS : j’en ai compté trois. À titre de comparaison, la même recherche pour le handball en donne six (sans doute davantage), auxquels s’ajoutent de nombreux articles et dossiers disponibles en ligne.
De mon côté, j’ai décidé de proposer des cycles football dans les écoles où j’interviens. Certains enseignants acceptent, d’autres refusent, affirmant justement que les élèves y jouent déjà tout le temps. Mais à ce sujet, je pense qu’il faut nuancer : comme nous l’avons mentionné, la pratique reste inégale. C’est vrai que certains élèves y jouent déjà tout le temps, mais d’autres ont botté un ballon cinq fois dans leur vie. En réalité, le football est sans doute l’activité où l’écart de niveau sera le plus visible. Je pense intéressant de se confronter à cette hétérogénéité, et c’est pourquoi j’estime que l’on devrait programmer des cycles Football en EPS dès les petites classes.
Développer la pratique du football dès les petites classes
Plutôt que de bannir le football de nos programmations au motif que « tous les élèves y jouent déjà », qu’il serait « non inclusif » ou « trop genré », je pense qu’il faudrait au contraire le proposer le plus souvent possible dans les cycles EPS, et dès l’école maternelle. Coordonner le déplacement et la manipulation du ballon est une tâche complexe pour un néophyte. La pratique du football permet de remarquablement travailler cette motricité (« développer la motricité » est l’un des objectifs fondamentaux de l’EPS, rappelons-le).
Si chaque élève développe cette compétence dès le plus jeune âge, on réduit mécaniquement l’hétérogénéité des pratiquants et on produit moins de débutants complets à l’entrée en cycle 3.
Introduire régulièrement des cycles de football dès la moyenne section, par exemple un cycle tous les deux ans, permettrait aux élèves de développer cette motricité progressivement. Des différences de niveau perdureront forcément. Mais justement, ces cycles permettraient aussi de travailler une compétence sociale essentielle : jouer avec autrui malgré la différence de niveau, et faire d’une pratique potentiellement discriminante un enseignement inclusif.
Le football est un levier d’acquisition de compétences sociales
Le geste de taper dans un ballon avec le pied est une pratique hédoniste, à condition de ne pas être jugé. Or, Dans la pratique fédérale et la pratique libre, le football est très élitiste. La sélection est permanente, l’exigence de résultat est prépondérante. En EPS, l’enseignant peut préparer son cycle pour s’assurer que chaque élève prenne du plaisir, quel que soit son niveau. A ce sujet, je pense que l’on pourrait proposer aux enseignants davantage de formation pour intégrer le football en EPS à l’école primaire. Ce n’est sans doute pas facile à mettre en place (vous trouverez dans cet article mes conseils pratiques pour organiser vos séances) mais cela en vaut la peine : le football représente réellement un formidable outil pour développer des compétences sportives et sociales.
Implémenter un tel cycle peut ainsi avoir des effets durables sur le groupe-classe, y compris en dehors des séances. Les élèves avec un bon niveau de pratique accepteront plus facilement la participation des novices. Et les élèves moins à l’aise gagneront en confiance, au point de pouvoir demander à jouer… et d’avoir les ressources pour trouver des solutions dans un match de cour d’école. Par exemple, j’ai mis en place des cycles football avec des classes de cycle 3, en lien avec des enseignants qui souhaitaient justement favoriser l’intégration de certains élèves dans les parties de football pendant les récréations. Nous n’avons pas fait de comparaison chiffrée pour mesurer l’impact réel mais il est indéniable que le cycle en lui-même a permis de favoriser le jouer-ensemble et que les élèves ont adhéré aux jeux. C’est déjà beaucoup.
Développer la motricité propre au football
Je travaille actuellement à la mise en place d’un cycle football pour des moyennes sections, centré sur le développement de la motricité propre au football. Depuis quelques années, j’interviens aussi dans des classes d’apprenties esthéticiennes, un public très majoritairement féminin. Le cadre de la classe, à l’abri du regard extérieur, leur permet de s’investir dans l’activité et d’y prendre un réel plaisir. Une nouvelle preuve que le football en EPS n’appartient à personne.
En conclusion
Finalement, le football est réellement un levier pour favoriser le vivre-ensemble… et selon moi, c’est l’un des enjeux majeurs de son intégration aux séances d’EPS.
Et sinon, de votre côté, quelle opinion avez-vous du football et de son intégration dans les séances d’EPS ? Votre avis m’intéresse, n’hésitez pas à le partager en commentaire !




