Pierre, professeur d’EPS à Lyon, est convaincu que le football a toute sa place dans les programmes d’Éducation physique et sportive dès la maternelle. Dans un article publié dans notre section Tribune, il nous a expliqué pourquoi. Maintenant, reste à savoir comment ! Il partage ici les solutions qu’il a testées sur le terrain pour construire des cycles équilibrés, inclusifs et engageants pour les petits comme pour les ados.
Avoir suffisamment de ballons : viser un ballon pour deux
L’habileté motrice se construit par la répétition. Pour permettre à chaque élève de pouvoir suffisamment toucher le ballon pendant la séance, il faut viser un ballon pour deux, au maximum pour trois élèves. C’est un prérequis de base. Plus le temps de contact avec le ballon est important, plus les élèves gagnent en confiance, et c’est cette confiance-là qui change tout, notamment pour les élèves les moins expérimentés.
Partir de groupes de niveaux, puis former des équipes équilibrées
Dans un premier temps, pour les situations d’opposition directe, je constitue des groupes de niveaux. Les élèves « débutants » se retrouvent face à des adversaires comparables. Ils peuvent prendre confiance, ils osent tenter des choses. L’objectif n’est bien sûr pas d’en rester là : c’est juste une étape, pas une fin. L’idée est ensuite d’ouvrir ces groupes et de construire des équipes équilibrées qui permettent à toute la classe de jouer ensemble.
Créer des équipes stables dans la durée
Je constitue alors des équipes mixtes mais équilibrées, que je maintiens sur plusieurs séances. Cela permet aux élèves de se connaître dans l’activité, de construire une dynamique collective, d’apprendre à jouer ensemble et non seulement les uns contre les autres.
Intégrer des temps de parole en équipe dans les séances d’EPS
Pendant les séances, je prévois des moments d’échange au sein de chaque équipe, animés par un adulte. L’objectif : permettre à chacun d’exprimer son ressenti, aider les élèves à trouver leur place dans le groupe, et faire progresser l’équipe collectivement. Ces temps sont souvent sous-estimés : ils sont pourtant essentiels pour que le cycle dépasse le simple aspect technique.
Vérifier la compréhension des règles et des rôles
Beaucoup de tensions sur le terrain viennent d’élèves qui ne maîtrisent pas bien les règles, ou qui ne savent pas comment se positionner défenseur ou attaquant sans ballon. S’assurer que chaque élève comprend les règles et son rôle dans le jeu, c’est une condition pour que le jeu se déroule bien, et pour que chacun puisse vraiment participer.
Confier aux élèves d'autres rôles que celui de joueur
Arbitre, observateur, compteur de points : permettre à chaque élève d’endosser un autre rôle que celui de joueur favorise leur connaissance des règles et leur compréhension de l’organisation du jeu. Certains élèves peuvent surprendre en tant qu’arbitre. C’est un rôle qui permet aussi de les responsabiliser, c’est très intéressant. Une petite formation sur le rôle d’arbitre peut être nécessaire : c’est du temps bien investi.
Adapter les règles pour favoriser le jeu collectif
C’est sans doute le levier le plus puissant pour changer la dynamique du jeu. Voici quelques règles que j’utilise et qui ont fait leurs preuves (certaines sont contre-intuitives !)
Interdire de parler pendant le jeu
Cela peut surprendre, mais ça limite considérablement les réactions négatives sur le terrain.
Limiter le nombre de touches de balle par possession
Limiter à trois touches maximum avant de passer ou de tirer permet de favoriser le jeu de passes et d’éviter les dribbles solitaires.
Valoriser les premiers buts de chaque joueur
Le premier but d’un joueur vaut 5 points, le deuxième 3 points, les suivants 1 point. Cela incite les équipes à chercher à faire marquer tout le monde et ça change radicalement les dynamiques dans le groupe.
De mon côté, j’ai également créé un outil spécifique pour aller plus loin : un Jeu de cartes football, où selon la carte tirée, le joueur se voit attribuer un rôle, un handicap ou un avantage dans le jeu. Un format que les élèves adorent, et qui favorise l’engagement, même chez les plus réticents ! Vous pouvez aussi trouver toute une série d’exercices de Football sur mon site internet Jeux Animations Sports.
En conclusion
Le premier cycle football construit par un enseignant est souvent difficile. Il y a des préjugés à dépasser, des ajustements à trouver, une hétérogénéité à gérer. Mais ça en vaut vraiment la peine : c’est un formidable outil pour développer des compétences sportives et sociales. Et l’EPS, qui permet à tous les élèves de pratiquer, peut changer le rapport de chacun à ce sport si populaire.
Et vous, vous avez tenté l’expérience ? Qu’est-ce qui a fonctionné dans votre classe ? N’hésitez pas à partager vos retours en commentaire !




