À 29 ans, Lucas enseigne l’EPS depuis plusieurs années à Mayotte, en REP+. Responsable d’une section sportive futsal et référent football/futsal à l’UNSS, il est également éducateur sportif auprès des U17 féminines de l’ASO Chiconi. À travers ses projets, ses contenus sur les réseaux et bien sûr sa pratique, Lucas défend une EPS qui permet aux élèves de prendre confiance, de se dépasser et de se découvrir autrement. Il a rejoint la communauté Moov’EPS pour partager son expérience et sa vision de l’Éducation physique et sportive depuis un territoire ultramarin.
Lucas, peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Lucas, j’ai 29 ans et je suis professeur d’EPS dans l’académie de Mayotte, en REP+. J’enseigne depuis 7 ans et je suis également créateur et responsable de la section sportive futsal, ainsi que référent football/futsal à l’UNSS.
En parallèle de mon métier de professeur d’EPS, je suis éducateur sportif au club de l’ASO Chiconi, avec les U17 féminines.
Je partage également mon quotidien et mes projets sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram et TikTok avec @Coentraolucas.
Pourquoi avoir choisi de devenir professeur d’EPS ?
J’ai choisi de devenir professeur d’EPS en 6e/5e, car l’EPS m’avait permis d’apprendre à nager et de voyager pour aller faire du ski pour la première fois de ma vie.
Le sport avait-il déjà une place importante dans ton parcours personnel ?
Oui, énormément. L’EPS et l’UNSS étaient les raisons qui me donnaient envie d’aller à l’école. J’ai eu la chance de participer à des championnats de France en tant que jeune officiel, mais aussi à des compétitions académiques de football ou de boxe. Pour moi, le sport est aussi un moyen de me dépasser et surtout de prendre soin de moi. C’est un outil au service de la santé.
Pourquoi avoir commencé à créer du contenu autour de l’EPS et du sport sur les réseaux, et qu’est-ce que tu y partages aujourd’hui ?
J’ai commencé à créer du contenu pour mettre en avant les élèves de Mayotte et l’EPS à Mayotte. Je partage des moments d’équipe ou des projets réalisés avec les élèves. Sans oublier ma passion pour le football, qui me fait vibrer et que j’essaie de transmettre à travers l’EPS et l’UNSS. Mes contenus s’adressent notamment aux personnes qui ont envie de voir une autre facette de Mayotte, qui est souvent critiquée dans les médias.
J’ai envie de montrer comment ça se passe ici, les élèves, les projets et les expériences que nous vivons au quotidien. Je reçois des félicitations pour mon engagement auprès de mes élèves.
Quelle est ta vision de l’EPS aujourd’hui ? Quelle place doit-elle occuper dans l’enseignement selon toi ?
Ma vision de l’EPS est celle d’une matière qui permet aux élèves de se sentir bien et en confiance grâce aux activités sportives et artistiques. Elle permet également aux jeunes d’avoir le goût de l’effort et du dépassement de soi, et d’être fiers de ce qu’ils réalisent. L’EPS tient une place primordiale au regard des problèmes de société. Pour moi, l’Education physique et sportive doit être une « safe place » pour les élèves. L’EPS et l’activité physique devraient aussi aider à se sentir mieux dans sa peau. C’est ce que j’essaie de créer : un espace où les jeunes se sentent bien, alors que l’adolescence peut parfois être source d’inconfort, sur le plan social comme sur le plan physique.
Au-delà de la pratique sportive, qu’est-ce que l’EPS apporte aux élèves ?
Elle apporte un lieu social, où les élèves se découvrent d’une autre manière. Où ils apprennent à s’écouter et aussi à écouter les autres. Pour moi, l’EPS permet aux élèves de créer la meilleure version d’eux-mêmes.
Quelles problématiques rencontres-tu le plus souvent dans ton quotidien ?
La problématique que je rencontre le plus souvent, c’est le manque de temps. En EPS,
cela prend du temps d’instaurer le cadre. Et on n’a ensuite pas toujours assez de temps pour l’exploiter autant qu’on pourrait le faire.
Comment essaies-tu de répondre à ces contraintes ?
J’essaie de trouver des organisations facilitantes. C’est parfois compliqué : par moments, j’ai davantage l’impression d’être un expert de l’organisation que de l’activité physique !
Y a-t-il des activités ou des approches que tu apprécies particulièrement ?
J’ai une approche en STEP permettant de vite rentrer dans une activité artistique.
J’essaie également de mettre en avant des activités innovantes en EPS, comme la salsa ou la thèque, proche du baseball.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de rejoindre Moov’EPS ?
C’est cette idée de communauté où l’on peut librement partager ses contenus et être en lien avec des professeurs d’EPS d’autres académies. J’aimerais apporter à cette communauté ma propre vision d’une EPS enseignée dans un département d’outre-mer, avec des problématiques qui peuvent être par moments différentes de celles rencontrées dans l’Hexagone, mais tout aussi intéressantes.
C’est aussi l’occasion de partager des projets et des expériences que d’autres enseignants ne connaissent peut-être pas.
Quels sujets aimerais-tu partager avec les autres enseignants justement ?
J’aimerais notamment évoquer des sujets portant sur les sections sportives, les projets kayak et palmes-masque-tuba, le futsal et le STEP.
As-tu un souvenir particulièrement marquant lié à ton métier ?
Le départ au championnat de France Futsal 2024 à Metz. C’est un souvenir qui reste particulièrement important pour moi : cette année-là avait été marquée à Mayotte par des mouvements de protestation et des blocages qui avaient parfois empêché les élèves d’aller à l’école. Malgré ça, on avait continué à s’entraîner avec mon équipe. Et quand j’ai su qu’on allait pouvoir participer aux championnats, ça a pris un sens particulier : il y avait le fait d’avoir réussi à s’entraîner efficacement malgré tout, le fait d’offrir cette expérience à mon équipe, et aussi le fait que le championnat se tenait à Metz, ma ville d’origine, où j’allais pouvoir montrer à mes proches le résultat de mon travail, finalement.
Et dans quelques années, où te vois-tu ?
Sur une autre île, en Martinique, ou peut-être que je reviendrai dans l’Hexagone, près de mes racines, à Metz.
Quelles sont tes passions dans la vie ?
Mes passions sont le football, la danse et aussi l’écriture : écrire, et notamment écrire à la main, ça permet de mettre des mots sur ce qu’on vit et d’exprimer ses émotions. Je demande parfois à mes élèves dont je suis prof principal de prendre le temps d’écrire pour raconter quelque chose de leur quotidien, quelque chose qu’ils ont fait ou voudraient faire.
Quel sport préfères-tu enseigner ?
J’adore enseigner le STEP car j’arrive à allier la dépense énergétique avec la créativité artistique.
Et quel sport préfères-tu pratiquer personnellement ?
Le football.
Si tu devais résumer ta vision de l’EPS ou du sport en une phrase, que dirais-tu ?
« L’EPS permet aux élèves de créer la meilleure version d’eux-mêmes. »
C’est une phrase qui résume bien ce que j’essaie de transmettre à travers mon métier, mes projets et mon engagement auprès des élèves.




