Dès septembre 2025, près de 267 000 élèves de sixième ont été évalués sur leurs aptitudes physiques, dans plus de 2 800 établissements volontaires (publics et privés sous contrat). Cela correspond à 32 % des enfants entrant au collège et à 40 % des établissements du territoire. Les résultats de ces tests montrent une indéniable dégradation de la condition physique des enfants. Cela a fait réagir la communauté éducative, ainsi que des experts de santé. Ces chiffres invitent en tout cas à réfléchir au rôle de l’EPS à l’école, au collège et au lycée. L’éclairage de Lucas, alias @luucaswx sur Instagram, et membre de la communauté Moov’EPS.
D’abord, un rappel : le protocole d’évaluation de l’aptitude physique en 6e repose sur trois tests complémentaires. Chaque test cible une qualité physique fondamentale, et demande relativement peu d’équipements sportifs :
- Le test de Luc Léger (navette progressive) évalue l’endurance cardio-respiratoire. Les élèves courent en aller-retour sur 20 mètres, à une vitesse qui s’accélère par paliers au son d’un signal sonore. C’est un test éprouvé, utilisé dans de nombreux pays, qui donne une estimation fiable du VO2 max. Pour le réaliser, on a juste besoin de plots, d’un sifflet, d’un chronomètre et d’une plaquette pour noter les résultats.
- Le saut en longueur sans élan mesure la force explosive des membres inférieurs. Le test est particulièrement révélateur du développement musculaire global à cet âge charnière. Il nécessite un matériel simple : mètre de mesure, ligne de départ, plot, plaquette pour noter.
- Le 30 mètres lancé est une course qui teste la vitesse de déplacement sur une courte distance (30 mètres, donc). Elle aussi nécessite peu de matériel, notamment un claquoir de départ et un chronomètre.
Que nous disent les résultats de ces tests d’évaluation physique en 6e ?
Les premiers résultats de ces tests ont été publiés sur ce document officiel. Voici un aperçu des données collectées :
- En endurance : 34,2 % des élèves atteignent un niveau satisfaisant. Et 18 % des élèves ne parviennent pas à courir plus de trois minutes.
- Force musculaire : 45,5 % de maîtrise satisfaisante.
- Vitesse (30 mètres) : 54,8 % de maîtrise satisfaisante.
Ces chiffres révèlent des limites réelles à la capacité physique des élèves. Cependant, on peut tout de même un peu relativiser certaines données relevées, notamment sur la course à pied : certains enfants ne savent pas se réguler dans leur course et partent souvent « trop vite ». Alors qu’avec plus de régulation dans leur effort, ils pourraient potentiellement tenir plus longtemps.
Mais de façon générale, les résultats restent alarmants et ont suscité des réactions vives, non seulement dans la communauté enseignante, mais aussi dans la sphère publique et sur les réseaux sociaux. Le Dr Michel Cymes, sur Instagram, a pour sa part estimé que la condition physique des jeunes devient « dramatique », soulignant qu’« en 25 ans, les enfants ont perdu 40 % de leur capacité cardio-respiratoire ».
Tous ces chiffres sont suffisamment préoccupants pour s’inquiéter sérieusement… et surtout, pour chercher réellement, avec la communauté des enseignants, des solutions applicables sur le terrain.
Une réalité que les profs d’EPS connaissent depuis des années
En fait, ces résultats ne sont pas particulièrement étonnants. D’abord parce qu’ils s’inscrivent dans un contexte sanitaire déjà bien documenté : depuis 2016, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) mène des travaux spécifiques sur les problèmes associés à la sédentarité et à l’inactivité physique chez les 6-17 ans. Les chiffres qu’elle publie sont, eux aussi, édifiants :
- 66 % des jeunes de 11 à 17 ans présentent un risque sanitaire préoccupant, avec plus de 2 heures d’écran par jour et moins de 60 minutes d’activité physique quotidienne.
- 49 % atteignent un risque très élevé (plus de 4h30 d’écran et/ou moins de 20 minutes d’activité par jour).
- Parmi eux, 17 % cumulent les deux facteurs à des niveaux très élevés.
- Chez les 11-14 ans, seules 15,5 % des filles pratiquent au moins 60 minutes d’activité par jour, contre 24 % des garçons.
Mais finalement, toutes ces données illustrent une réalité que nous observons depuis des années pendant nos séances d’EPS : lacunes motrices, fatigabilité élevée… C’est bien pour cela que les enseignants cherchent à rendre leurs cours toujours plus attractifs, grâce à des activités structurées qui engagent les élèves et les incitent à bouger au maximum de leurs capacités !
Quel rôle peut jouer l'EPS face à la sédentarité chez les jeunes ?
Les tests de 6e ont le mérite d’avoir posé un diagnostic clair. En tant que professeur d’EPS, je vois à travers ces résultats émerger de nombreuses questions sur nos pratiques enseignantes et les actions pédagogiques à envisager. Ce n’est que ma réflexion personnelle, bien sûr. Mais à la lumière de ces tests, je pense que des choix vont peut-être devoir être faits, pour déterminer ce qui est le plus important dans le rôle de l’EPS aujourd’hui.
Je parle souvent de la richesse de l’EPS en tant que discipline éducative (lien vers l’interview de @luucaswx) qui favorise le respect des autres et de soi, et le développement de compétences méthodologiques et sociales. Cela est-il compatible avec une orientation davantage « axée » sur la santé ? Avec une EPS plus « hygiéniste » ? Comment mettre l’accent sur cet aspect « santé » sans délaisser le reste ?
Cela va-t-il impliquer de nouvelles orientations pour nos pratiques enseignantes ? Est-ce que l’on risque de mettre en péril le fameux « plaisir de bouger », que nous essayons de restaurer chez les élèves à travers nos séances ? Encore une fois, ce n’est qu’une interprétation personnelle de ces résultats, et j’espère pouvoir échanger avec la communauté sur ce sujet : qu’en pensez-vous ? Le débat est ouvert !




