Elvyn, professeur d’EPS en REP : « L’EPS est un puissant vecteur d’émotions et de valeurs »

Elvyn Di-Meglio est professeur d’éducation physique et sportive en REP (Réseau d’éducation prioritaire), dans l’académie de Versailles. Sur son compte TikTok @leprofd.e.p.hess, il partage des solutions concrètes pour faciliter les séances d’EPS et transmettre aux élèves les valeurs du sport et de l’entraide. Sa conviction profonde : l’EPS joue un rôle essentiel dans le développement des jeunes, en les aidant à améliorer leur motricité, leur santé et leurs compétences sociales. Rencontre avec un enseignant engagé. 

Qui est Elvyn Di-Meglio ? Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis professeur d’EPS en REP au collège dans les Yvelines depuis deux ans. En parallèle de mon métier, je crée du contenu sur mon compte TikTok @leprofd.e.p.hess. La « hess », c’est un mot familier des jeunes pour parler de la crise et du manque. Nous aussi, dans notre métier, nous sommes souvent confrontés à des manques : manque de matériel, manque de temps… Dans ce contexte pas toujours facile, je partage des petites solutions concrètes et des astuces pour faciliter le travail des enseignants et rendre l’EPS plus accessible aux élèves. 

Pourquoi avoir choisi de devenir professeur d’EPS ?

J’ai choisi ce métier parce que je voulais apporter quelque chose aux générations futures, et que l’EPS est la discipline qui me permet le plus de « transmettre » : on travaille à la fois le corps, mais aussi les valeurs du sport : le respect, l’entraide, l’engagement… 

L’EPS était-elle importante pour toi quand tu étais élève ?

Oui, c’était clairement la matière la plus importante pour moi. Le fait de participer à des compétitions, notamment à l’AS, m’a permis de créer un vrai lien avec mes enseignants. Et je me suis dit : « Leur métier est génial ». Et j’ai su très tôt que je voulais travailler dans ce domaine. Comme beaucoup, j’ai rêvé d’être footballeur professionnel. Mais j’ai vite compris que ce ne serait pas possible, et je me suis tourné vers l’enseignement de l’EPS. 

Pourquoi avoir commencé à créer du contenu autour de l’EPS ?

Parce que pour moi, transmettre est un aspect essentiel du rôle d’un enseignant. À partir du moment où j’apprends quelque chose, je considère que je dois le partager, que ce soit avec mes élèves ou avec d’autres professionnels. J’ai toujours aimé créer du contenu sur les réseaux sociaux, proposer des idées, partager des outils. Aujourd’hui, j’essaie surtout d’aider mes collègues et confrères à enrichir leurs séances. Je m’adresse aussi aux étudiants en formation et à tous ceux qui veulent améliorer leur pratique de l’EPS. En tout cas, cela me permet d’entretenir une forte interaction entre les enseignants. Les vidéos sur la construction et les techniques de séances reçoivent beaucoup de commentaires, et de DM aussi. Tous ces échanges autour de la pédagogie, je pense que ça peut vraiment être utile pour le métier. 

Tes élèves regardent-ils aussi tes vidéos ?

Oui et c’est positif également. Du côté des élèves, découvrir comment je construis une séance, ça donne du sens à l’activité qui leur est proposée, au geste qu’on leur demande de réaliser. Et beaucoup d’entre eux sont en recherche de sens, justement. Les aider à comprendre pourquoi on leur propose de faire tout ça, c’est très important. Ça peut même susciter des vocations ! 

Quelle est ta vision du métier de professeur d’EPS aujourd’hui ?

On devient professeur d’EPS après cinq ans d’études. La formation (très exigeante) intègre de la psychologie, de la physiologie… Cela nous permet L’EPS de développer des compétences bien plus larges que le sport en lui-même : la communication, l’entraide, la capacité à progresser ensemble… Pendant cette formation, on comprend aussi qu’au fil de son histoire, l’EPS a constamment évolué. Par exemple, elle intègre aujourd’hui officiellement la notion du plaisir de bouger. 

De mon côté, dans mon métier, je me concentre beaucoup sur ce que l’EPS peut apporter aux jeunes dans leur vie « active ». Pour moi, l’essentiel n’est pas uniquement la technique. Je préfère qu’un élève ait compris comment aider un camarade, comment communiquer, comment coopérer, plutôt qu’il maîtrise parfaitement un geste technique comme un coup droit en badminton, par exemple. D’autres enseignants se concentrent davantage sur le geste sportif, et peuvent d’ailleurs amener les élèves à des niveaux remarquables. C’est bien aussi, c’est juste une autre approche. 

Pourquoi avoir rejoint le projet Moov’EPS ?

Le projet Moov’EPS correspond exactement à ma vision de partage. Partager des techniques, des conseils, des astuces concrètes, c’est ce que je fais déjà au quotidien. Et je pense qu’à partir du moment où on a de la visibilité, on a aussi une responsabilité. 

Si on peut aider les enseignants à gagner du temps ou à améliorer leurs pratiques, alors il faut le faire. 

As-tu un souvenir marquant lié à ton métier ?

J’ai énormément de souvenirs, mais ce sont souvent des moments liés aux élèves qui me marquent le plus. Parfois, certains élèves ont des réactions ou des comportements d’une justesse incroyable, notamment dans des situations d’inclusion. Par exemple, être au contact d’élèves ULIS en EPS permet aux autres jeunes de se confronter à la différence, d’apprendre à s’adapter, à aider. Et parfois, ils trouvent des solutions auxquelles moi-même je n’avais pas pensé. Voir des élèves de REP, pour qui la vie est parfois difficile, venir en aide à des élèves ULIS parce que leur vie est encore plus difficile… C’est réconfortant ! L’EPS est un vecteur d’émotions très fort, et pouvoir faire vivre ça à des élèves, surtout ceux pour qui l’école peut être compliquée difficile, c’est très précieux. 

Où te vois-tu dans quelques années ?

J’aimerais de toute façon continuer à évoluer dans le monde de l’enseignement. Actuellement, j’envisage de rentrer dans le sud (j’ai fait mes études à Marseille). Ensuite, je pourrais, pourquoi pas, devenir jury du CAPEPS, et essayer de passer l’agrégation. J’envisage aussi de m’orienter vers la formation de mes confrères. Transmettre à d’autres enseignants, c’est une suite logique pour moi. 

Quelles sont tes passions dans la vie ?

Ces dernières années, je me suis orienté vers des sports de performance, notamment la course à pied, avec l’envie peut-être de me lancer dans le triathlon plus tard. Mais j’aime aussi beaucoup « bricoler », concevoir et fabriquer : j’aime partir d’une idée, la tester et voir ce que ça donne. C’est un peu la même logique que dans mon métier finalement : essayer, ajuster, améliorer. 

Pourquoi t’être ainsi tourné vers les sports de performance ?

Je pense qu’il y a une évolution avec l’âge. Quand on est plus jeune, on cherche surtout le plaisir immédiat. Les sports de performance, eux, demandent un effort plus long, mais apportent une satisfaction différente, souvent après coup. Entre 25 et 35 ans, on a aussi envie de connaître ses limites, de se challenger. Et ces disciplines permettent vraiment d’aller chercher ça. 

Quel sport préfères-tu enseigner… et pratiquer ?

Je préfère enseigner l’escalade : c’est une activité très forte émotionnellement. Les élèves ont parfois l’impression d’être en danger, même si tout est sécurisé, évidemment. Mais du coup, ils sont confrontés à leurs peurs, à la gestion du risque. 

C’est justement là que se joue notre rôle : aider les élèves à transformer une peur en confiance, à comprendre la différence entre risque réel et ressenti. 

Pour ma pratique personnelle, à part les sports de performance, je reste très attaché au football, que j’ai pratiqué toute ma vie. Je m’ouvre aussi à d’autres sports, notamment collectifs. 

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Equipe de tête
Ils font déjà évoluer l’EPS sur le terrain

Des enseignants d’EPS participent déjà au projet Moov’EPS en partageant leurs pratiques, en testant du matériel et en contribuant à faire évoluer les usages sur le terrain. Leur point commun ? Une envie de faire évoluer leur pratique et de s’impliquer dans une dynamique collective, concrète et utile. 

Lucas, ambassadeur MOOV'EPS
Elvyn, ambassadeur MOOV'EPS
Pierre, ambassadeur MOOV'EPS

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