Prof d’EPS dans un collège REP+ : le témoignage de Honein

Les établissements REP+ (Réseaux d’Éducation Prioritaire renforcés) accueillent des élèves issus de territoires confrontés à d’importantes difficultés sociales, économiques et parfois familiales. Ce dispositif de l’Éducation nationale vise à réduire les inégalités scolaires en accordant davantage de moyens humains et pédagogiques aux établissements concernés. Les enseignants en REP+ évoluent ainsi dans un contexte particulier. Gestion de classe, rapport aux règles, engagement des élèves : le quotidien professionnel demande une adaptation permanente. Honein, alias Le Jeune Prof sur Instagram et TikTok, nous raconte son expérience de professeur d’EPS dans un collège REP+ de Seine-Saint-Denis, entre défis de terrain, travail d’équipe et construction d’une posture juste. Pour lui, travailler en REP+, c’est autant une aventure humaine que professionnelle.

Enseigner en REP+, c’est d’abord faire face à des réalités sociales qui dépassent largement le cadre scolaire. On se retrouve face à un public issu d’un milieu social très défavorisé. La plupart des élèves habitent dans la même cité. Certains d’entre eux ont beaucoup de problèmes extrascolaires, ce qui impacte forcément leur parcours à l’école.

Ce contexte particulier teinte chaque aspect du métier, de la gestion de classe à la conception des séances d’EPS, en passant par la relation aux élèves.

La collaboration avec les collègues, une ressource essentielle

Mon arrivée dans l’établissement s’est bien passée, notamment grâce à l’accueil de l’équipe en place. J’ai été accueilli en amont par le prof que je remplaçais. Il m’a montré les installations et m’a donné quelques informations sur le fonctionnement de l’établissement. J’ai pu également être guidé par les autres collègues d’EPS.

Cette collaboration a son importance jusque dans des détails logistiques et matériels très concrets… Par exemple, en tant qu’enseignant d’EPS, nous avons besoin de beaucoup de clés : celles du collège, celles du local à matériel, celles du gymnase, celles de la salle des profs d’EPS… Et parfois l’établissement n’a pas assez de jeux de clés pour nous en prêter. Là encore, on a besoin des collègues.

De manière générale, cette collaboration avec les autres professeurs m’aide dans la construction de mes cours. Je vais souvent les observer pour apprendre d’eux. Je fais de la co-intervention avec eux. Ça compte énormément.

Cela rejoint ce que j’ai déjà évoqué à propos du statut TZR : dans un environnement compliqué, les collègues, y compris ceux qui enseignent d’autres matières que l’EPS, sont souvent la ressource la plus précieuse.

Des comportements d’élèves qui peuvent surprendre

À mon arrivée dans l’établissement et lors de mes premiers cours, j’ai été frappé par le rapport de certains élèves aux règles de base de la vie à l’école. Ce n’est pas une généralité, mais ils sont nombreux à ne pas avoir les codes scolaires : enlever sa casquette, ne pas bavarder à tout-va, ou simplement exécuter une consigne lorsqu’elle est demandée par l’enseignant. Cette réalité nécessite d’adapter sa posture dès les premières séances.

Ce qui fonctionne pour engager les élèves

Pour engager les élèves dans les séances, la compétition fonctionne bien : ils aiment se défier entre eux, surtout dans les défis ludiques. Cela a du sens pour eux. Pour ce qui concerne le type de sports pratiqués, je dirais que les sports d’opposition et les sports collectifs ont beaucoup de succès. Le handball, le football, le basketball, le badminton ou le tennis de table fonctionnent très bien.

Pour maintenir tout le monde actif, j’essaie de mettre rapidement les élèves en action sans passer trop de temps sur des consignes orales. La clé, c’est la pratique et le temps moteur. Plus ils sont en action, moins il y aura de dérive.

J’essaie également par moments de pratiquer avec eux. J’ai remarqué que le modèle du prof qui pratique avec sa classe aide à les motiver, en tout cas d’après mon expérience personnelle.

Les défis du quotidien en REP+

La gestion des relations entre les élèves reste un point délicat, et en cas de conflits, ça peut devenir compliqué. Beaucoup rencontrent des difficultés à gérer leurs émotions, ce qui peut avoir de fortes répercussions sur leurs relations aux autres.

Dans ce contexte, je suis notamment très attentif aux formes de groupements pour constituer les équipes. Par exemple, j’évite de regrouper dans une même équipe deux élèves qui ne s’entendent pas du tout.

Mieux vaut aussi éviter d’avoir à improviser. On ne sait pas toujours comment les élèves vont réagir à nos propositions : je recommande de toujours anticiper et d’avoir préparé des stratégies alternatives. Pour ma part, je prévois toujours un plan B et même C.

Ce qui fait vraiment la différence dans la relation aux élèves

Au fil des semaines, j’ai pu définir trois piliers dans ma relation aux élèves : le tact, qui doit être différencié en fonction de chacun. La bienveillance, car ils ont besoin de se sentir valorisés. Et la justice, car beaucoup ont vraiment du mal à gérer leurs émotions face à l’injustice, qu’ils vivent très difficilement.

Sur le plan pratique, certaines routines simples se sont aussi révélées très efficaces. Par exemple, je fais asseoir mes élèves devant moi au début de chaque cours, entre chaque situation. Et j’attends toujours le silence avant de parler, car le volume sonore peut très vite augmenter. Si on veut garder sa voix intacte… on n’a pas le choix.

Trouver un bon équilibre dans la posture

Si un enseignant s’apprêtant à prendre un poste en REP+ me demandait conseil, je lui dirais de se rapprocher rapidement de ses collègues, professeurs d’EPS ou d’autres disciplines, pour discuter avec eux. Je lui recommanderais aussi de ne pas prendre les élèves de haut. Et surtout, de trouver le juste milieu entre autorité posturale et empathie humaine.

En conclusion

Honnêtement, au-delà du seul plan professionnel, travailler en REP+ m’a profondément marqué. Cette expérience m’a appris à avoir de la gratitude vis-à-vis de ma situation personnelle, quand j’observe au quotidien les réalités sociales difficiles auxquelles beaucoup de mes élèves sont confrontés.

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