Se lancer dans le parkour en EPS : les conseils et situations de terrain de Honeïn

Honeïn – Professeur d’EPS dans le 93

Longtemps associé à une pratique urbaine, le parkour se fait peu à peu une place dans les cours d’EPS, et pour cause : il permet de développer de nombreuses compétences au collège ou au lycée.

Honeïn, alias Le Jeune Prof sur Instagram et sur TikTok, est prof d’EPS en REP+. Il propose aujourd’hui régulièrement le parkour à ses élèves, qui se montrent très engagés dans cette APSA. Membre de la communauté Moov’EPS, il partage avec nous son expérience et ses conseils pratiques pour se lancer !

Quand as-tu découvert la possibilité de faire du parkour en EPS ?

C’était vers 2023-2024, j’étais encore stagiaire dans l’académie de Metz-Nancy. Pendant cette année de stage, il est prévu de suivre des formations sur différentes activités. Dans cette académie précisément, de plus en plus de professeurs d’EPS souhaitaient enseigner le parkour. Mais cela dépend vraiment des régions : dans certaines académies, les profs ne savent pas qu’on peut intégrer cette activité en EPS.

C’est souvent une question de hasard : il suffit souvent que quelques enseignants se lancent et en parlent autour d’eux. Dans l’académie de Metz-Nancy, il y avait déjà un réel engouement. Ils proposent d’ailleurs une banque de vidéos avec différentes situations de parkour.

En EPS, à quels champs d’apprentissage relier le parkour ?

J’ai été formé pour le champ 3 (« S’exprimer devant les autres par une prestation artistique et/ou acrobatique »), en associant le parkour à une performance destinée à être vue, observée et appréciée par une audience, comme ce peut être aussi le cas en gymnastique, en danse ou en step. Du coup, j’ai privilégié le parkour à la gymnastique pour valider le Champ 3, car le parkour est beaucoup plus ludique, je trouve. Et pour engager les élèves en EPS, c’était beaucoup plus efficace.

On peut aussi intégrer le parkour dans le champ 2 (« Adapter ses déplacements à des environnements variés », ndlr). Cela dépend de ce que recherche l’enseignant.

Quel matériel recommandes-tu de prévoir absolument avant de démarrer une séquence de parkour en EPS ?

Ça, c’est une vraie question car tous les établissements n’ont pas forcément tout le matériel. L’idée est d’avoir de quoi créer des obstacles à franchir, et de quoi amortir les atterrissages, les impacts sur les murs, et bien sûr les éventuelles chutes.

Pour les obstacles, je recommande d’avoir si possible des modules de gymnastique, par exemple des plinths de tailles modulables, et sinon, des bancs.

Je recommande aussi d’avoir de gros tapis à placer derrière le module à franchir. On peut aussi les poser à la verticale contre un mur, pour certains mouvements comme le tic-tac (une technique de parkour où l’on pose un pied sur un mur pour rebondir, changer de direction ou prendre de la hauteur, ndlr).

Quels sont les aspects positifs du parkour pour toi ?

J’exerce en REP+, c’est un environnement parfois difficile, avec des élèves qui ont besoin d’être pleinement engagés dans ce qu’ils font. Certains ont besoin de se confronter à des situations où ils sont, quelque part, physiquement mis à l’épreuve. Il y a un justement côté « défi » dans le parkour, qui du coup leur convient très bien. Comme je le dis dans ma vidéo, dès la deuxième séance, ils sont arrivés avec des idées, des suggestions… ça, c’est vraiment formidable.

Y a-t-il quand même des élèves qui n’aiment pas le parkour, pour différentes raisons, par exemple parce qu’ils ont un peu peur du côté « acrobatique » ? Comment gères-tu ça ?

Oui, dans chaque classe j’ai remarqué qu’il y a environ un ou deux élèves réticents, dont un qui peut vraiment être « bloqué ». C’est souvent comme ça dans les activités qui portent une part de « risque », où il faut s’engager physiquement. Ça peut être compliqué à gérer car les élèves les plus réticents voient les autres s’épanouir, et d’un côté ça les motive à essayer, mais d’un autre côté, ceux qui ont vraiment peur peuvent se sentir « exclus » de la dynamique.

Pour ces élèves, il faut passer plus de temps avec eux et procéder étape par étape. On commence par désamorcer les peurs les plus élémentaires, comme : « J’ai peur de franchir l’obstacle car j’ai peur de me faire mal » : dans un cas comme ça, j’adapte le matériel.

Par exemple, j’utilise un plinth en mousse plutôt qu’un plinth en bois. Je réduis aussi la hauteur. On pourra l’augmenter ensuite progressivement. L’important est que l’élève puisse accomplir le mouvement. Ça permet de mettre l’élève en réussite.

Dans ta vidéo, tu parles aussi de la sécurité en parkour, et des consignes à bien faire passer en début de séquence : comment as-tu procédé pour que ces consignes soient vraiment écoutées et appliquées ?

Je parle des règles de sécurité en tout début de séquence, et je fais aussi une fiche sécurité parkour qui va rester affichée tout au long de la séquence. S’il y a un non-respect flagrant d’une consigne de sécurité et que cela entraîne une sanction, la présence de la fiche permet d’éviter tout débat inutile. On peut aussi la mettre sur Pronote, ou un autre outil numérique utilisé par l’établissement.

Concernant la sécurité, je parle aussi de la sécurité passive, avec la bonne disposition du matériel sur le praticable, et le placement d’élèves sur le terrain pour tenir les modules.

Et il y a la sécurité active, avec l’obligation de valider chaque niveau avant de passer au suivant. On valide étape par étape. Au début, c’est l’enseignant qui valide. Puis au fur et à mesure que les élèves progressent, l’enseignant peut nommer des « professeurs adjoints » parmi les élèves qui peuvent tenir ce rôle parce qu’ils sont particulièrement responsables et qu’ils peuvent estimer la qualité du passage. Naturellement, quand on arrive à des exercices plus compliqués, l’enseignant reprend la main pour valider ou non un niveau.

Comment différencier en parkour ?

Au début, pour estimer le niveau et la capacité de chacun, on peut commencer par proposer un échauffement consistant à trottiner sur le praticable, sur lequel sont disposés des obstacles, certains faciles, d’autres plus difficiles. On dit aux élèves qu’ils peuvent franchir n’importe quel obstacle. On va alors observer quels élèves franchissent quels obstacles spontanément. On va aussi voir ceux qui n’osent rien franchir du tout.

Une fois qu’on a ces informations, on peut créer des groupes et adapter les enchaînements et les obstacles au niveau de chaque groupe. Pour les plus forts, on peut par exemple augmenter le nombre d’obstacles à franchir, ou simplement leur taille et leur difficulté. Cependant, quand on travaille les groupements, on peut aussi mélanger les niveaux, pour que les plus forts puissent accompagner les moins à l’aise. Cela crée un « tutorat », guidé bien sûr par l’enseignant.

Tu as parlé dans ta vidéo du « jeu du chat et de la souris » en parkour, peux-tu expliquer un peu de quoi il s’agit ?

C’est très simple : exactement comme quand on « joue à chat », l’objectif est que le chat touche la souris. Pour adapter le jeu à la pratique du parkour, on dispose des obstacles sur le praticable. Il faut en avoir suffisamment. Parfois, je rajoute même des chaises. Ensuite, un élève est le chat, un autre est la souris. Le chat court après la souris, qui doit lui échapper en franchissant tous les obstacles. Le chat doit lui aussi franchir les obstacles qui se trouvent sur son chemin. On peut adapter les règles comme on le souhaite. Par exemple, on peut définir une durée pendant laquelle le chat doit attraper la souris. À chaque fois que le chat parvient à toucher la souris pendant le temps imparti, l’équipe du chat gagne un point. Sinon, c’est l’équipe de la souris qui gagne.

C’est un jeu qui se pratique aussi en compétition, comme vous pouvez le voir dans cette vidéo qui permet de bien mesurer l’énergie que ça mobilise !

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