Enseigner le step au collège et au lycée : les conseils de Prof Roro !

Prof Roro – Professeure d’EPS

Activité cardio, travail de chorégraphie et de coordination ou encore outil d’entretien de soi : le step au collège ou au lycée peut être mobilisé dans différents champs d’apprentissage (CA), avec des objectifs qui évoluent selon le niveau des élèves.

Prof Roro (@prof.eps.roro sur Iinstagram), professeure d’EPS et membre de la communauté Moov’EPS, partage 9 conseils pour construire vos séances de step, adapter la pratique à vos objectifs et faire progresser tous vos élèves.

Au sommaire

#1. Définir ce que vous voulez travailler en step, au collège ou au lycée

C’est une chose essentielle à avoir en tête lorsqu’on prépare une séquence de step : on ne l’enseigne pas avec les mêmes objectifs au collège et au lycée.

Le step au collège : une activité inscrite dans le CA3

Au collège, le step s’inscrit dans la CA3 : « réaliser et concevoir une prestation corporelle destinée à être vue et appréciée par autrui ». On est donc sur un pôle artistique et expressif. L’objectif est notamment d’amener les élèves à construire et réaliser une chorégraphie, à travailler leur coordination, leur mémorisation, leur rythme et leur utilisation de l’espace. Je trouve que le step a un avantage par rapport à d’autres activités de la CA3 : il est plus codifié, ce qui le rend souvent plus facile à prendre en main qu’une activité comme la danse par exemple. On travaille avec des blocs, des pas et des temps, ce qui donne aux élèves un cadre plus précis.

Le step au lycée : une activité inscrite aussi dans le CA5

Au lycée, le step peut être travaillé dans le cadre de la CA5 : « réaliser et orienter son activité physique pour développer ses ressources et s’entretenir ». L’enjeu est alors davantage l’entretien de soi. Les élèves apprennent à construire leur programme, à adapter leur effort et à réinvestir ces connaissances dans leur pratique physique.

On peut notamment travailler la puissance aérobie, avec des efforts courts et intenses, la capacité aérobie, avec des efforts longs et soutenus, ou l’endurance fondamentale, avec des efforts longs à intensité modérée.

Pour moi, c’est donc la première question à se poser : qu’est-ce que je veux transmettre à mes élèves avec le step ? La réponse va guider toute la construction de la séquence.

#2. Pour débuter, ne pas chercher à aller trop vite dès la première séance

Quand je commence une séquence, je préfère installer progressivement les bases avant de laisser les élèves créer. Je consacre par exemple les deux premières séances à l’apprentissage de blocs que je donne moi-même. Un bloc est constitué de plusieurs pas et mouvements, organisés sur un nombre précis de temps. L’objectif est que les élèves comprennent la logique de l’activité, mémorisent les pas et prennent leurs repères.

Ensuite, je leur donne progressivement davantage de responsabilités : ils peuvent créer leurs propres blocs, puis les assembler pour construire leur chorégraphie. C’est plus rassurant pour eux : on ne leur demande pas tout de suite d’être créatifs alors qu’ils ne maîtrisent pas encore l’activité. On leur donne d’abord quelques « briques » avec lesquelles ils vont pouvoir construire.

Je travaille aussi par groupes de deux à quatre élèves, constitués par affinité plutôt que par niveau. Ils peuvent ainsi chercher, tester, mémoriser et répéter ensemble.

#3. Pour apprendre un nouveau pas en step, commencer par décomposer, puis accélérer progressivement

Le step demande de la coordination et de la mémorisation. Si on met tout de suite les élèves en musique avec une séquence complète, certains peuvent décrocher.

Je commence donc sans musique et je décompose chaque mouvement. J’explique les pieds et les appuis sur le step, puis je répète plusieurs fois le mouvement avant de l’accélérer progressivement. Une fois acquis, j’ajoute un deuxième mouvement, puis un troisième. Je peux ensuite augmenter progressivement le BPM.

Une difficulté fréquente est de devoir montrer, compter et expliquer en même temps. Je montre d’abord le mouvement sans compter, en l’expliquant. Une fois compris, deux élèves à l’aise peuvent le réaliser devant le groupe pendant que je me place face aux élèves et que je compte. Le groupe suit les deux élèves et s’appuie sur le rythme donné.

Pour marquer les temps tout en exécutant les mouvements, l’enseignant peut aussi utiliser deux bâtons qu’il frappe l’un contre l’autre, pour fournir un repère rythmique aux élèves, sans avoir besoin de compter à haute-voix.

#4. Bien différencier pour faire réussir tous les élèves en step

Les écarts de coordination, de mémorisation ou de rythme peuvent être importants. L’avantage du step est qu’on peut assez facilement faire varier la difficulté sans bouleverser la séance.

Pour un élève en difficulté, il m’arrive de retirer le step dans un premier temps. On réalise les mouvements au sol pour comprendre et mémoriser la coordination, puis on réintroduit progressivement le step.

Si un bloc est trop difficile, je peux également conserver sa structure et ses temps, mais remplacer certains pas par des mouvements plus simples.

On peut enfin proposer plusieurs niveaux pour un même mouvement : le premier niveau repose uniquement sur les pieds, tandis qu’un niveau plus complexe ajoute un travail des bras. Les élèves travaillent ainsi sur une même base avec différents degrés de difficulté.

#5. En step au collège, donner un cadre précis à la créativité

Une fois les bases maîtrisées, je laisse davantage de place à la créativité. Mais « laisser les élèves créer » ne veut pas dire « les laisser faire ce qu’ils veulent » !

Pour construire leur chorégraphie, je leur donne des éléments obligatoires : une entrée, des changements de step, des déplacements, éventuellement un passage au sol ou des changements d’orientation. À partir de cette trame, ils doivent faire des choix et rechercher de l’originalité.

Je fais aussi attention à la difficulté des mouvements. Une chorégraphie uniquement composée de mouvements simples ne permet pas de valoriser la même maîtrise qu’une production plus complexe. Il faut trouver un équilibre entre difficulté, maîtrise et qualité d’exécution

C’est ce qui rend le step intéressant en CA3 : les élèves disposent d’un cadre codifié tout en pouvant faire des choix sur leur prestation.

Le step au collège permet aussi de définir des rôles sociaux intéressants pour les jeunes : des rôles de chorégraphe ou d’observateur, par exemple, dans lesquels les élèves peuvent donner des conseils à leurs camarades. On est en plein dans la mission de l’EPS, qui comme on le sait ne se résume pas à la performance sportive, mais englobe également pleinement les valeurs éducatives et sociales.

#6. En step au lycée, apprendre aux élèves à gérer leur propre effort

En step, en CA5, je ne cherche pas simplement à faire bouger les élèves sur de la musique. L’objectif est qu’ils comprennent leur effort, atteignent une certaine intensité et adaptent leur programme à leurs ressources.

Pour travailler la puissance, on peut par exemple proposer 4 séries de 4 minutes à plus de 85 % de la fréquence cardiaque maximale.

À l’inverse, on peut rechercher un effort plus long et moins intense, par exemple 2 séries de 14 minutes autour de 50 % de la fréquence cardiaque maximale. Le CA5 reste toutefois centré sur l’entretien de soi : il ne se réduit pas au cardio.

L’intérêt du step est de permettre cette individualisation : deux élèves peuvent réaliser la même structure tout en adaptant leur rythme, leur amplitude ou leur intensité à leurs propres capacités et à l’objectif recherché.

Le step devient ainsi un support pour apprendre aux élèves à s’entraîner et à s’entretenir.

Le step au lycée permet aussi de travailler les rôles sociaux, notamment avec les rôles de coaches ou d’observateurs.

#7. L’évaluation en step : bien adapter ses critères à la compétence travaillée

L’évaluation en step est différente au collège et au lycée puisque les apprentissages visés sont eux-mêmes différents. Je construis ma grille selon les objectifs de ma séquence. Il n’y a pas forcément une grille unique à appliquer à toutes les classes.

L’évaluation en step au collège

Au collège, j’évalue notamment la qualité de la chorégraphie : originalité, respect des paramètres demandés, changements d’orientation ou de step et utilisation de l’espace. Je prends aussi en compte la qualité d’exécution : amplitude, complexité, rythme, mémorisation et respect des règles de sécurité…

L’interprétation compte également : les élèves lèvent-ils les yeux ? Assument-ils leur prestation face au public ?…

J’intègre les élèves à l’évaluation grâce aux rôles d’observateurs. Un élève peut observer un groupe et donner un retour constructif sur sa chorégraphie. Cela permet de travailler les rôles sociaux et de mieux comprendre ce qui fait la qualité d’une prestation.

L’évaluation en step au lycée

Au lycée, l’évaluation est davantage liée au programme d’entraînement et aux objectifs de la CA5. Par exemple, j’attribue 12 points à la performance, notamment la mémorisation du programme et l’atteinte de la fourchette d’intensité recherchée. Les 8 autres points sont à répartir entre l’AFL2, avec notamment le carnet d’entraînement et l’investissement, et l’AFL3, à travers les rôles sociaux d’observateur ou de coach.

#8. Ne pas chercher à tout réinventer : mieux vaut s’inspirer de ce que d’autres profs d’EPS ont déjà créé !

Quand on commence à enseigner le step, on peut avoir l’impression qu’il faut tout créer soi-même : blocs, enchaînements, musiques, situations… Mais ce n’est pas nécessaire. Il ne faut pas hésiter à utiliser ce qui existe déjà et ce qui a fait ses preuves.

De nombreux enseignants ont créé des blocs, des enchaînements et des ressources vidéo qui peuvent servir de base, notamment sur YouTube.

Avec l’expérience, on peut évidemment créer ses propres situations. Mais au début, le plus important est de se sentir à l’aise avec l’activité et de disposer de supports permettant de faire rapidement entrer les élèves dans la pratique.

#9. Pour vos séances de step, n’oubliez pas la musique !

On peut ne pas utiliser la musique tout de suite pendant l’apprentissage des pas. Mais rapidement, elle devient un bon outil pour motiver les élèves, notamment ceux qui appréhendent un peu l’activité. Choisir des musiques dont ils sont fans, c’est un bon moyen de créer une première accroche.

Et une fois passée l’appréhension du début, le step plaît en général beaucoup aux élèves !

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