Bien démarrer l’année en EPS : 7 conseils pour réussir ses premières séances

Les premières séances d’EPS donnent souvent le ton pour toute l’année.

Comment prendre rapidement la mesure d’une classe, installer un cadre sécurisant et mettre les élèves en activité sans perdre de temps ?

Yoann et Elvyn, enseignants d’EPS dans le secondaire et membres de la communauté Moov’EPS, partagent leurs pratiques et leurs réflexions pour bien démarrer avec une nouvelle classe.

Au sommaire

#1. Observer d’abord, pour évaluer les niveaux et les aspects relationnels

Pour Yoann comme pour Elvyn, les premières séances servent d’abord à observer la classe pour bien comprendre qui la compose et collecter des informations importantes sur les élèves. Habitudes sportives, relations entre camarades, personnalité, mais aussi compétences motrices et cognitives, que l’« évaluation diagnostique » permet d’estimer. Il ne s’agit pas de faire des « tests » à proprement parler ni de noter les élèves, mais de mettre les jeunes en situation pour voir où ils en sont.

Yoann explique : « Pour ce qui me concerne, je place les élèves en situation à travers de petits matches de sport collectif. Cela me permet de rapidement cerner les niveaux de chacun. » De son côté, Elvyn propose des matches à thèmes ou des situations avec opposition, qui lui permettent d’observer les comportements sans mettre trop de pression aux élèves, « mais quand même suffisamment pour pouvoir estimer leur niveau en situation d’effort réel », précise-t-il.

Avec l’expérience, ce diagnostic se fait de plus en plus facilement et rapidement. Mais en début de carrière, Yoann recommande de prendre des notes : « Ce n’est pas toujours facile de noter et d’observer en même temps, mais je conseille de le faire. »

#2. Mettre rapidement les élèves en activité, sans longs discours, et à travers le jeu

Se présenter et parler de l’année à venir... mais pas trop longuement

Pas la peine d’attendre trop longtemps avant de se mettre en mouvement ! Pas la peine, du coup, de passer trop de temps en « longs discours ». Yoann fait une exception pour les 6e, avec lesquels il consacre une trentaine de minutes à présenter le fonctionnement de l’année, les espaces de pratiques et la programmation. Pour les autres classes, il privilégie une présentation beaucoup plus courte : « 5 minutes de présentations, c’est amplement suffisant avant de les lancer en activité. »

Elvyn rappelle néanmoins que le premier discours reste important : il permet de présenter sa manière de voir l’EPS et de rassurer des élèves qui peuvent eux aussi appréhender cette première rencontre. L’enjeu est donc moins de parler longtemps que de dire rapidement l’essentiel, puis de laisser les élèves montrer qui ils sont.

Le jeu, idéal pour mettre les élèves en activités

Le jeu, idéal pour mettre les élèves en activités

Elvyn comme Yoann accordent une place importante aux activités ludiques dès les premières séances. Pour Yoann, le jeu constitue une manière simple et efficace de faire participer l’ensemble des élèves. Son exemple favori : le « passe à 10 », où les équipes doivent enchaîner dix passes. « C’est du jeu, ils adorent », explique-t-il. L’intérêt est double : les élèves entrent rapidement dans l’activité et l’enseignant peut déjà observer les niveaux et les comportements.

Elvyn insiste lui aussi sur cette nécessité de faire jouer les élèves dès le début. « Si on propose dès le départ des situations qui se situent trop dans l’analytique, on risque de désengager les élèves. » Même dans des activités qui pourraient sembler moins ludiques, il cherche donc à introduire des interactions. En demi-fond, par exemple, il peut proposer à trois élèves de courir ensemble pendant trente minutes cumulées, avec deux élèves qui courent pendant que le troisième se trouve en zone de repos.

#3. Aménager les règles pour que chacun puisse prendre sa place

Pour que chacun se sente suffisamment à l’aise pour participer pleinement. Yoann a l’habitude d’aménager les règles des jeux et activités proposées : c’est ce qui va permettre à chacun de contribuer à la réussite collective.

En basket, par exemple, un élève très à l’aise techniquement peut prendre en charge certaines actions, tandis qu’un autre, moins expérimenté, peut contribuer autrement à la réussite de son équipe. On peut ainsi « autoriser » les élèves les moins à l’aise à tirer mais pas à dribbler, et inversement pour les élèves plus agiles. « J’utilise les capacités de chacun, au mieux », explique Yoann.

Cette logique rejoint le travail de tutorat qu’il met en place dans certaines activités. En tennis de table, par exemple, il demande aux élèves de noter leurs records de maintien d’échange. Ces résultats lui permettent ensuite d’identifier les élèves les plus avancés, susceptibles d’accompagner ceux qui rencontrent davantage de difficultés. « Le tuteur donne de son temps, fait progresser l’autre. L’autre progresse », résume-t-il. « Cela fait partie des compétences sociales que l’EPS veut développer ! »

#4. Ne pas négliger les relations entre élèves

La rentrée est aussi un moment privilégié pour observer les affinités et les interactions qui existent déjà dans le groupe. « On voit les binômes qui se forment spontanément, les affinités qui se dessinent », remarque Yoann.

Elvyn accorde lui aussi beaucoup d’importance à ces connexions et interactions déjà établies : elles peuvent devenir un véritable levier pour constituer les groupes. D’où l’intérêt, selon lui, de ne pas toujours les imposer dès les premières séances : « En tennis de table, on peut simplement dire : ‘‘Vous vous mettez avec qui vous voulez’’.

Cela facilite l’entrée des élèves dans l’activité, tout en me permettant d’observer les relations au sein de la classe. » Et si un élève reste isolé ? Elvyn n’hésite pas à jouer lui-même avec lui pendant quelques minutes. Une manière de l’aider à entrer dans le groupe, tout en observant son niveau technique.

#5. Installer des routines dès les premières séances d’EPS

Les premières séances permettent de construire les habitudes qui faciliteront le fonctionnement des cours tout au long de l’année. Par exemple, l’installation du terrain. Elvyn explique qu’« en début d’année, on prend du temps pour bien expliquer cette installation, mais ça permet d’en gagner beaucoup par la suite ». Il rappelle que c’est aussi une façon d’apprendre aux élèves comment fonctionne le matériel et s’organise un terrain, et aussi de développer leur autonomie.

Même logique pour les temps de parole. Elvyn souhaite dès le départ délimiter clairement les moments où l’enseignant donne les consignes et ceux où les élèves peuvent poser leurs questions. Installer cette organisation dès les premières séances permet ensuite de rendre les cours plus fluides.

#6. Poser un cadre clair… sans être autoritaire

Poser un cadre clair… sans être autoritaire

Pour Yoann, l’enseignant d’EPS doit poser clairement le cadre dès le début. « En tant que prof d’EPS, nous sommes aussi des acteurs, en quelque sorte », dit-il. « Devant la classe, surtout une toute nouvelle classe, on joue un rôle. » Selon lui, mieux vaut au départ « endosser le rôle du prof assez ferme, en tout cas, pas laxiste ». Sinon, « certains élèves risquent de s’engouffrer dans les failles, ce qui fait perdre du temps et pèse sur le climat ». Évidemment, « les élèves ne doivent pas non plus craindre leur professeur. L’important, c’est d’être juste et constant dans ses décisions. » Cela signifie notamment ne pas faire de différence entre les élèves, tenir ses engagements et ne pas négocier les sanctions lorsqu’elles ont été clairement annoncées.

Elvyn insiste lui aussi sur la cohérence. Son conseil est de « rester fidèle à soi-même, et de maintenir les règles non négociables, sans chercher non plus à construire artificiellement une posture d’autorité. C’est un exercice d’équilibre ! »

#7. Chaque classe est différente : attention à ne pas l’oublier

C’est peut-être finalement le conseil qui permet de mettre tous les autres en perspective. Les premières séances peuvent être préparées, mais elles ne peuvent pas être entièrement écrites à l’avance, ni répliquée d’une classe à l’autre. Elvyn se rappelle avoir commencé à faire cours de la même manière à deux classes de 6e de son établissement. « Mais malgré leurs points communs, les deux groupes avaient des personnalités très différentes et n’ont pas réagi de la même façon. »

Depuis, il accorde davantage d’importance au fait de découvrir réellement chaque classe sur le plan relationnel et de la personnalité.

Pour conclure

Une leçon à garder en tête au moment de préparer sa rentrée : les routines et les conseils sont utiles, mais ils ne constituent pas une recette… Observer, tester et ajuster restent les meilleurs moyens de construire progressivement une relation efficace avec une nouvelle classe, pour permettre à tous les élèves de bien progresser au fil de l’année.

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