Chaque classe d’EPS rassemble des élèves aux profils très différents. Certains pratiquent une activité physique en club régulièrement, d’autres non. À ces écarts de vécu sportif s’ajoutent des différences de confiance en soi, de motivation, de capacités physiques ou encore des besoins spécifiques, parfois liés à un handicap. La différenciation en EPS consiste à prendre en compte cette hétérogénéité pour permettre à chaque élève de progresser à partir de son propre point de départ.
Mais comment construire des séances adaptées à chacun, sans préparer trente cours différents ? Honein, professeur d’EPS en REP+ et membre de la communauté Moov’EPS, partage sa manière d’aborder la différenciation au quotidien. Les leviers qui structurent sa pratique : observation, adaptation… et créativité !
Différencier en EPS, c’est permettre à chaque élève de progresser depuis son point de départ
Pour moi, différencier consiste avant tout à adapter mon enseignement à l’hétérogénéité des élèves. Tous ne partent pas du même endroit : chacun arrive avec ses propres ressources, son vécu, ses expériences et ses difficultés. L’objectif est pourtant commun : permettre à tous de progresser, quel que soit leur niveau de départ.
Cette volonté de prendre en compte les spécificités de chaque élève me semble d’ailleurs de plus en plus importante. Quand j’étais moi-même élève, je n’ai pas vraiment vécu cette approche. Elle existait déjà dans les textes officiels, mais elle était moins présente dans les pratiques qu’aujourd’hui.
Je trouve aussi que l’hétérogénéité des élèves est de plus en plus marquée. Certains jeunes pratiquent régulièrement une activité physique en club. D’autres n’en ont pas toujours la possibilité, notamment parce que leur contexte familial ou social ne leur permet pas de pratiquer en dehors de l’école. En REP+, où j’enseigne, ces différences sont particulièrement visibles (j’en parle de manière approfondie dans cet article).
Avant de différencier, il s’agit d’observer les besoins des élèves
Je ne commence pas une séquence en imaginant directement toutes les adaptations possibles. La première étape pour moi, c’est d’observer. Lors des deux premières séances d’une activité, je regarde ce que les élèves sont capables de faire, les difficultés qu’ils rencontrent et les ressources dont ils disposent. À partir de là, je peux définir un objectif de fin de séquence et réfléchir au chemin qui permettra aux différents profils d’y parvenir.
Cette observation est essentielle, notamment parce que les besoins peuvent être très différents. Cela concerne les écarts de niveau, mais aussi les élèves en situation particulière : les ULIS, les SEGPA, les élèves allophones en UPE2A ou encore les élèves présentant un handicap moteur.
La différenciation en EPS, ce n’est pas préparer trente cours différents
La différenciation ne signifie pas créer une situation totalement différente pour chaque élève. Avec une classe de trente élèves, ce serait très difficile à gérer.
Dans mes cours, j’essaie plutôt d’identifier deux ou trois grands profils. Au-delà, cela devient compliqué pédagogiquement et didactiquement : chaque groupe demande des critères différents, des régulations différentes et une attention particulière.
L’objectif est donc de trouver un équilibre : prendre en compte l’hétérogénéité sans rendre l’organisation impossible à gérer.
En pratique, différencier en EPS consiste souvent à construire plusieurs chemins vers un même objectif plutôt qu’à proposer une activité différente pour chaque élève.
Quels leviers utiliser pour différencier une séance d’EPS ?
On pense parfois que différencier signifie donner des consignes spécifiques à différents groupes d’élèves. C’est parfois le cas, mais pas forcément. Les consignes peuvent rester identiques pour tout le monde. En revanche, je peux agir sur d’autres leviers : le matériel, l’espace, les contraintes, les critères de réussite ou encore le niveau d’exigence attendu.
En badminton, par exemple, je peux jouer sur la taille des zones à atteindre. Une zone plus grande permet à certains élèves de réussir plus facilement. Pour d’autres, des zones réduites vont représenter un défi supplémentaire.
On peut aussi jouer sur le matériel utilisé. Toujours en badminton, nous avons proposé à un élève qui présentait un handicap moteur de jouer avec un ballon de baudruche à la place du volant. Cela lui donnait davantage de temps pour agir. Et ça lui a permis de participer pleinement à l’activité !
Il faut parfois être créatif. Je dis souvent que nous, profs d’EPS, sommes des ingénieurs : on imagine des solutions à partir des contraintes que l’on rencontre.
Autrement dit, la différenciation repose souvent davantage sur l’adaptation des situations que sur la multiplication des consignes.
Anticiper les difficultés tout en acceptant d’ajuster sa séance
Quand je prépare une séance, j’essaie d’anticiper les réactions possibles des élèves. Je me demande si la situation proposée va fonctionner pour les différents profils présents dans la classe, quelles difficultés peuvent apparaître et quels ajustements je pourrais prévoir.
Mais il faut aussi accepter que tout ne se passe pas comme prévu. Une fois avec les élèves, il faut parfois modifier rapidement une règle, une contrainte ou un critère de réussite. Avec l’expérience, on apprend à mieux anticiper certaines difficultés, car des problèmes similaires reviennent souvent chez certains profils d’élèves.
Différencier, c’est parfois faire vivre à certains élèves une autre expérience motrice
Différencier ne consiste pas toujours à simplifier une situation. Parfois, il s’agit d’amener les élèves à expérimenter une autre manière de réaliser un geste.
En tennis de table par exemple, chez les débutants, on observe souvent une tendance naturelle à jouer en revers, un geste qui peut limiter leur progression.
Quand j’ai été confronté à ce cas de figure, j’ai proposé à ces élèves de travailler uniquement en coup droit. Il s’agit de bien leur expliquer pourquoi on fait ce choix, puis de les accompagner dans leur ressenti d’une nouvelle expérience motrice : se placer de profil, utiliser davantage les appuis, engager le corps différemment.
L’objectif n’est pas forcément de simplifier la tâche, mais de permettre aux élèves de construire progressivement de nouvelles façons de réussir.
Différencier, c’est permettre à chaque élève de passer de son état A, à son état B
C’est peut-être ce que je trouve le plus satisfaisant dans la différenciation : voir un élève évoluer vers la réussite, quel que soit son niveau de départ.
Certains élèves en difficulté me disent dès les premières séances qu’ils n’y arrivent pas, qu’ils préfèrent arrêter l’activité. Mais lorsqu’on adapte le matériel, les contraintes ou la situation, ils choisissent de continuer… et finissent par réussir. Voir leur sourire, leur satisfaction et parfois leur changement de regard sur l’activité est très gratifiant. C’est exactement ce que l’on cherche : leur permettre de progresser à partir de leur point de départ.
Comment différencier en EPS quand on manque de matériel ?
Comment faciliter l’observation des élèves pour bien différencier ?
Pour faciliter l’observation des élèves et avoir une lecture plus objective de leur motricité, je trouve très utile d’avoir recours à une grille d’indicateurs : elle me permet d’orienter mon regard. Plutôt que de s’appuyer uniquement sur une impression générale (« cet élève est en difficulté »), elle m’aide à identifier précisément ce qui pose problème : une difficulté dans les appuis, dans la coordination, dans la prise d’information ou dans la réalisation du geste par exemple. Dans certaines activités, des grilles toutes faites existent déjà et peuvent vraiment aider à analyser les conduites motrices des élèves.
J’essaie aussi de conserver une trace de mes observations. Noter ce que j’ai vu, les difficultés rencontrées et les adaptations qui ont fonctionné permet d’affiner progressivement les situations proposées.
Enfin, il ne faut pas oublier l’importance des collègues. Les échanges permettent de confronter les pratiques, de trouver de nouvelles idées et de progresser collectivement.
Finalement, différencier en EPS, c’est créer les conditions de la réussite
La différenciation en EPS ne consiste pas à préparer une activité différente pour chaque élève d’une classe. Elle repose d’abord sur une observation fine de leurs besoins, puis sur des adaptations ciblées qui leur permettent de progresser.
Cela demande parfois de la créativité. Avec des outils d’observation, des échanges entre collègues et la capacité d’ajuster ses situations, chaque enseignant peut construire des séances plus accessibles et plus efficaces pour tous.




