Depuis septembre 2023, on sait que des vagues de fortes chaleurs peuvent survenir en période de rentrée. Depuis mai et juin 2026, on sait aussi qu’une canicule est possible en fin d’année scolaire.
Pour les enseignants d’EPS, cela soulève une question très concrète, qui risque de se poser régulièrement : comment adapter les séances d’EPS quand la chaleur modifie fortement les conditions de pratique ?
Nous avons demandé à des professeurs d’EPS membres de la communauté Moov’EPS comment ils avaient procédé au printemps 2026, quand le thermomètre a largement dépassé les 35°C. Nous avons aussi passé en revue les dernières recommandations ministérielles. Résultat : voici une série de suggestions… pour se préparer à la prochaine vague.
#1. Réfléchir dès que possible à un plan B « Forte Chaleur » pour ses séances d’EPS
Le meilleur moment pour réfléchir à une séance d’EPS adaptée à la chaleur, c’est… maintenant. En tout cas, ce n’est pas le matin où le thermomètre dépasse déjà les 30°C. Pour ce plan B, on peut donc dès que possible identifier, pour chaque séance :
- L’objectif pédagogique que l’on veut conserver,
- les situations qui génèrent le plus d’effort,
- et ce que l’on peut modifier s’il fait trop chaud.
C’est ce qu’a expérimenté @EducSporty_Book qui enseigne l’EPS en primaire en Bretagne : « Afin d’éviter des séances trop exigeantes physiquement pendant les épisodes de forte chaleur, j’ai cherché à donner davantage de temps calme aux élèves, par exemple pour créer des chorégraphies. Les temps de réflexion, de concertation et de mise en commun ont ainsi été plus importants qu’à l’habitude. »
L’idée n’est donc pas forcément de changer d’APSA, mais de modifier le dosage entre effort physique et autres temps d’apprentissage. Au cours d’une séance de danse, on peut consacrer davantage de temps à la composition. Pendant une séance de basket, on peut conserver son objectif tactique avec des matches plus courts. En athlétisme, on peut privilégier la technique et l’analyse plutôt que la répétition des exercices.
Attention cependant à ne pas vouloir maintenir l’activité à tout prix : les consignes ministérielles indiquent que lorsque les conditions ne permettent plus d’assurer la sécurité des élèves, l’activité doit pouvoir être fortement réduite, déplacée… ou interrompue.
#2. Identifier les espaces les moins exposés à la chaleur
Dans quel espace les élèves sont-ils le moins exposés à la chaleur ? » Lucas (@luucaswx sur Instagram), prof d’EPS dans l’académie de Limoges au collège et au lycée, explique avoir pu s’installer dehors, car il y avait des zones ombragées : « On a pu quitter le gymnase et organiser certaines séances en extérieur. Mais on a quand même dû adapter le contenu des séances, notamment en raccourcissant le temps des séquences d’activité ». De son côté, Honeïn (@le.jeuneprof), prof d’EPS au collège en région parisienne, a pu bénéficier d’un environnement favorable : « On a pu faire de la course d’orientation en forêt », dit-il.
Si c’est possible, pouvoir profiter de l’ombre des arbres est en effet bienvenu quand il fait chaud, à condition bien sûr que les enseignants puissent assurer des conditions de surveillance et d’hydratation optimales.
Le plan ministériel « forte chaleur » recommande de cartographier les espaces exposés et les espaces de repli (on en parle un peu plus loin dans cet article). Les enseignants n’ont évidemment pas à se charger seuls de cette cartographie, mais pour l’équipe d’EPS, ce diagnostic peut commencer très concrètement : relever les horaires auxquels le gymnase devient difficilement utilisable, identifier les zones ombragées, les points d’eau, les espaces ventilés et les possibilités de repli.
#3. Quand c’est possible : agir sur les horaires
Sur le site du ministère des Sports, on peut lire qu’il faut « privilégier les activités tôt le matin, dans des zones ombragées et aérées ». Appliquer ce précieux conseil dépend non seulement du type d’espace dont on dispose, mais aussi de la marge de manœuvre de chaque enseignant en termes d’organisation : dans le primaire, on peut parfois modifier l’heure de la séance d’EPS. @EducSporty_Book explique d’ailleurs avoir pu programmer les séances d’EPS le matin, lorsque les températures étaient encore supportables, alors qu’il intervenait habituellement plutôt l’après-midi.
Mais au collège et au lycée, il est souvent plus compliqué pour les enseignants de déplacer leurs cours. Cela implique des décisions plus collectives.
4. Utiliser les pauses de récupération comme de vrais temps pédagogiques
Les pauses de récupération en EPS ne sont pas des temps pédagogiquement « perdus », au contraire. Lucas explique avoir profité de ces moments pour parler avec ses élèves : « On a évoqué leurs ressentis sur cette situation, et débattu sur cette question de la hausse des températures, de son impact sur nos activités. » C’est finalement une bonne occasion de travailler la connaissance de soi, mais aussi la gestion de l’effort et l’éducation à la santé. Pendant une pause, on peut ainsi demander aux élèves comment ils évaluent leur fatigue ou ce qu’ils pourraient modifier dans leur manière de gérer l’effort.
#5. Prévoir des activités « faible intensité » dans sa programmation
Certaines activités sportives sont plus faciles que d’autres à adapter aux fortes chaleurs. Par exemple, Damien a proposé « davantage de séances autour de jeux de lancer et d’adresse, comme le Mölkky, le Kubb ou encore la pétanque. Ces activités, moins intenses sur le plan physique, étaient plus adaptées aux conditions climatiques tout en restant intéressantes sur le plan pédagogique. » Tout en étant « moins physiques », ces activités permettent aussi de travailler la précision, la concentration, la stratégie ou la coopération.
Dans le même esprit, selon les cycles on peut envisager des situations d’adresse, du travail technique, de l’observation, de l’arbitrage, de la création chorégraphique ou des situations tactiques. L’objectif est de disposer d’un réservoir de situations permettant de réduire la charge physique sans renoncer aux apprentissages.
#6. Bien s’organiser pour l’hydratation des élèves, et savoir réagir face aux signes d’alerte
Les périodes de fortes chaleurs, et a fortiori les phases de canicule, augmentent naturellement les risques pour la santé. Il est crucial d’observer l’état de fatigue des élèves, pour rester vigilant face à des symptômes et signes d’alerte comme les crampes, la fatigue inhabituelle, les vertiges, les maux de tête, les nausées ou les troubles de l’équilibre. Cela peut aller jusqu’aux signes, encore plus graves, du coup de chaleur : convulsions, confusion ou propos incohérents, perte de connaissance… L’Éducation nationale précise la marche à suivre dans ces cas-là : « En présence d’un malaise ou de signes graves, il faut interrompre immédiatement l’activité, placer l’élève dans un endroit frais ou à l’ombre et appeler le 15. Dans l’attente des secours, il convient de le rafraîchir et de le ventiler. De l’eau peut être donnée en petites quantités uniquement s’il est conscient et capable de boire. »
L’organisation de l’hydratation des élèves, justement, est au cœur des préoccupations des professeurs, qui doivent rappeler aux enfants de boire sans attendre d’avoir soif, et savoir avant la séance où se trouvent les points d’eau à proximité.
#7. Documenter vos observations sur les infrastructures sportives
C’est évident mais rappelons-le quand même : les infrastructures font une vraie différence en cas de forte chaleur. @Prof Roro, par exemple, qui enseigne l’EPS au collège et au lycée en Île-de-France, explique que son établissement a été relativement épargné en mai et juin 2026 grâce à des gymnases équipés d’ouvertures en hauteur et à des locaux situés au frais, en sous-sol. Dans d’autres collèges ou lycées, c’était beaucoup plus compliqué, avec des gymnases partagés entre plusieurs collègues et sans climatisation.
L’importance des infrastructures est désormais officiellement prise en compte par l’Éducation nationale : le plan ministériel de gestion des vagues de chaleur demande aux établissements d’identifier les espaces les plus exposés et les possibilités de repli, et de travailler avec les collectivités sur les adaptations nécessaires.
Certains établissements ont déjà lancé des projets d’aménagements et notamment de végétalisation, dans les zones de pratiques de l’EPS ou dans les cours de récréation.
Créer de l’ombre, avec suffisamment d’arbres pour faire réellement baisser la température, même de quelques degrés, cela peut être déterminant pour améliorer les conditions dans lesquelles l’EPS peut être pratiquée.
Les enseignants d’EPS ont donc tout intérêt à documenter leurs observations pour les faire remonter de manière structurée et constructive : à quelle heure le gymnase devient-il difficilement utilisable ? Quels espaces sont réellement exploitables quand il fait chaud ? Où pourrait-on créer de l’ombre ? Ces informations semblent évidentes mais les consigner peut contribuer aux projets d’amélioration des aménagements.
#8. Finalement, accepter que les fortes chaleurs représentent une contrainte à intégrer durablement
Se préparer à faire cours d’EPS en cas de fortes chaleurs, ça ne consiste donc pas à trouver l’« APSA miracle ». Il s’agit plutôt d’agir sur plusieurs paramètres. Certains sont à la main des enseignants, qui peuvent modifier une activité, sa durée et son intensité, augmenter les temps de récupération, faire évoluer les rôles confiés aux élèves et bien sûr accentuer leur surveillance des signes d’alerte.
Mais d’autres paramètres dépendent de décisions collectives, comme la modification des horaires des séances d’EPS, le déplacement d’une activité dans un lieu alternatif ou le lancement de projets d’aménagements des infrastructures.
Quoi qu’il en soit, il s’avère indispensable de réfléchir aux parades possibles dès maintenant… Parce que les fortes chaleurs risquent fort de devenir une contrainte de programmation sur le long terme.




