7 ans comme TZR en EPS : des années plus tard, ce que cette expérience m’a vraiment appris

Yoann – Prof de Ballons

Au début de sa carrière, Yoann, alias Prof de Ballons sur les réseaux, a exercé comme TZR dans l’académie de Lille. Pendant sept ans, entre 2002 et 2009, il a enchaîné les remplacements dans des collèges, des lycées, des lycées professionnels et des EREA.

Aujourd’hui professeur d’EPS sur poste fixe, il revient avec le recul sur cette expérience, entre richesse des rencontres, incertitude permanente et difficulté parfois à trouver sa place.

Au sommaire

TZR, un choix parfois par défaut

Dès ma première mutation, entre 2002 et 2009, dans l’académie de Lille, j’ai exercé en tant que TZR. Ce n’était pas vraiment un choix, ou plutôt un choix par défaut : j’aurais préféré obtenir un poste fixe. Mais rester TZR me permettait de travailler près de chez moi, alors qu’un poste fixe m’aurait obligé à partir beaucoup plus loin.

Avec le recul, je garde de cette période un souvenir contrasté. Elle m’a beaucoup apporté, mais elle m’a aussi confronté à des difficultés auxquelles je ne m’attendais pas en début de carrière.

Etre TZR, c’est connaître une succession de "premières rentrées"

Quand on évoque le statut de TZR, on pense souvent au manque de visibilité ou aux déplacements. C’est une réalité. Les appels pouvaient arriver du jour au lendemain. Il fallait parfois, en vingt-quatre heures, récupérer les clés, découvrir les installations sportives, trouver le matériel et, quand c’était possible, échanger rapidement avec le collègue remplacé.

Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est qu’en tant que TZR, on a une rentrée à chaque nouvel établissement. À chaque remplacement, il faut découvrir une nouvelle équipe de direction, de nouveaux collègues, un nouveau fonctionnement, un nouveau public. Cette succession de recommencements est sans doute l’un des aspects les plus exigeants du statut.

Etre TZR, c’est connaître une succession de "premières rentrées"

Être TZR, c’est découvrir différents aspects du métier de prof d’EPS

Pendant ces sept années, j’ai enseigné dans des collèges, des lycées généraux et technologiques, des lycées professionnels, mais aussi en EREA, auprès d’élèves en grande difficulté scolaire. Ces établissements accueillent des jeunes en décrochage et certaines situations peuvent être particulièrement complexes.

C’est pendant cette période que j’ai compris une chose essentielle : quand on est professeur d’EPS, on ne fait pas exactement le même métier selon l’établissement dans lequel on enseigne. Les élèves, les projets, les conditions d’enseignement, le fonctionnement des équipes… tout change. Cette diversité oblige à développer une grande capacité d’adaptation, et c’est certainement ce que je retiens le plus de ces années de remplacement.

Trouver sa place en tant que TZR, c’est parfois difficile

En revanche, ce qui m’a parfois pesé, c’était le manque d’ancrage. Quand on remplace un collègue pendant quelques semaines, on participe rarement aux projets de l’équipe EPS. C’est assez logique : on sait qu’on ne sera plus là lorsqu’ils aboutiront. Les collègues hésitent parfois à investir du temps dans une personne qui repartira rapidement, et le TZR lui-même a du mal à s’impliquer pleinement.

Cette difficulté existe aussi avec les élèves. Ils savent souvent que le remplaçant ne restera pas longtemps. Certains peuvent en profiter et moins s’investir. Dans ces conditions, il est indispensable d’installer rapidement un cadre clair.

Aujourd’hui, en poste fixe, lorsque je vois partir des élèves que j’ai suivis pendant plusieurs années, j’ai la larme à l’œil ! En tant que TZR, on ne peut pas vraiment s’attacher. On n’a ni le temps de construire une relation durable avec les élèves, ni celui de voir les projets aboutir.

Une expérience parfois compliquée mais toujours enrichissante

Le statut de TZR fait vivre énormément d’expériences. Certaines sont très positives, d’autres plus compliquées. Je me souviens notamment d’un remplacement en terminale : je suis arrivé en plein milieu d’un cycle de step, avec une évaluation du baccalauréat à préparer. Honnêtement, j’ai eu un moment de doute : je ne me sentais pas suffisamment compétent pour préparer les élèves à cette épreuve alors que je ne connaissais ni leur progression, ni le travail déjà réalisé.

Je me suis appuyé sur les compétences des élèves et sur mes collègues, notamment au moment de la co-évaluation. Cette expérience m’a montré combien il était important de ne pas rester seul dans ce type de situation.

Une expérience parfois compliquée mais toujours enrichissante

Autre challenge : le manque d’expérience par rapport aux années d’ancienneté. Mes deux premières années de TZR ont été marquées par très peu de remplacements. Sur le moment, on peut se dire que c’est plutôt confortable. Mais il faut comprendre que cela peut faire prendre du retard en termes de formation sur le terrain, par rapport aux collègues en poste fixe. Lors de ma première inspection, cela s’est ressenti : malgré plusieurs années d’ancienneté, je manquais tout simplement d’expérience.

Un avantage du statut TZR auquel on ne pense pas toujours

Il existe un avantage du statut de TZR auquel on pense rarement. Mon dernier remplacement s’est déroulé dans l’établissement où j’ai ensuite obtenu mon premier poste fixe. J’ai pu découvrir les équipes, les élèves, les installations sportives et les conditions d’enseignement avant même d’y être nommé. Quand j’ai appris qu’un poste allait s’y libérer, je savais que c’était celui que je voulais demander. Cette expérience m’a permis de faire ce choix en toute connaissance de cause.

Les conseils que je donnerais aujourd'hui à un jeune enseignant TZR

Avec le recul, je donnerais trois conseils à un enseignant qui débute comme TZR.

Le premier est de s’appuyer sur les collègues en place, et de lire le projet d’établissement et notamment le projet EPS pour comprendre rapidement la logique de fonctionnement et les objectifs de l’équipe.

Le deuxième est d’installer un cadre clair et ferme dès les premiers cours. Les élèves savent que vous n’êtes peut-être là que pour quelques semaines. Il est donc plus simple de poser un cadre structurant dès le départ, quitte à assouplir ensuite progressivement son fonctionnement.

Enfin, je dirais qu’il ne faut pas hésiter à demander de l’aide lorsque c’est nécessaire. Les équipes en place connaissent les élèves, les installations et les habitudes de l’établissement. Elles constituent souvent la meilleure ressource pour prendre rapidement ses marques. C’est ce que Honein (aka Le Jeune Prof sur les réseaux) disait lui aussi dans son témoignage.

Différentes manières de vivre le statut de TZR

Je pense aussi qu’il n’existe pas une seule manière de vivre le statut de TZR. Je connais des collègues qui ont choisi d’y rester, alors qu’ils auraient pu obtenir un poste fixe. Ils apprécient cette diversité permanente et le fait de découvrir régulièrement de nouveaux établissements. Pour ma part, j’avais besoin de m’inscrire dans la durée, de suivre des élèves plusieurs années et de construire des projets avec une équipe.

Pour conclure

Si je devais résumer ces sept années, je dirais que la balance reste finalement assez équilibrée. Cette expérience m’a beaucoup apporté : elle m’a permis de découvrir des réalités très différentes du métier, de rencontrer de nombreux collègues et de développer une véritable capacité d’adaptation. Mais elle m’a aussi confronté à l’incertitude, au manque de stabilité et à la difficulté de trouver pleinement ma place.

Je ne regrette pas ces années de remplacement. Elles m’ont beaucoup appris, parfois dans la difficulté. Mais j’ai aussi ressenti un véritable soulagement le jour où j’ai enfin obtenu mon premier poste fixe !

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